Inconsciemment nous nous retrouvons \u00e0 p\u00e9daler plus vite que d’habitude pour tenter de leur \u00e9chapper et nous ne faisons pas les pauses habituelles ce qui nous fait avancer de 65 km sur l’apr\u00e8s midi, une belle performance au final. Par contre, le paysage ne nous marque pas trop, obnubil\u00e9s que nous sommes par ces \u00e9nervantes mouches qui sont rejointes par moment par leur lot de taons et de petits moucherons qui piquent comme des moustiques. Un r\u00e9gal. Alors que le vent s’est un peu lev\u00e9 et que nous profitons d’une l\u00e9g\u00e8re tr\u00eave pour faire une petite pause g\u00e2teaux fort m\u00e9rit\u00e9e, nous somme approch\u00e9s par un homme \u00e0 cheval qui nous propose de venir aupr\u00e8s de sa ger pour la soir\u00e9e. Ses gestes \u00e9vocateurs nous montrent le ciel assombri et nous encourage \u00e0 nous poser avant le d\u00e9cha\u00eenement des cieux. Lui m\u00eame part rameuter ses b\u00eates avant qu’elles ne s’affolent et s’\u00e9parpillent dans toute la montagne.<\/p>\n Le vent se met \u00e0 faire claquer la tente de plus en plus fort. En pr\u00e9parant leur ger, les nomades regardent notre fr\u00eale abri et nous demandent si nous voulons venir avec eux, mais s\u00fbrs de notre mat\u00e9riel, nous pr\u00e9f\u00e9rons les laisser en famille. S\u00e9bastien donne un petit coup de main aux derniers ancrages des affaires qui tra\u00eenent autour de leur ger et aide aussi \u00e0 rentrer les yaks r\u00e9calcitrants puis file se mettre au sec au premi\u00e8res gouttes. La temp\u00e9rature a fortement chut\u00e9. Les parois de notre fid\u00e8le tente tremblent toujours plus fort et r\u00e9sonnent sous les lourdes gouttes qui s’abattent sur nous. C’est un bel orage qui nous passe dessus. R\u00e9guli\u00e8rement les flashs illuminent nos deux aventuriers qui attendent impuissants la fin du courroux divin. Le double-to\u00eet sature vite et les premi\u00e8res eaux atteignent maintenant l’int\u00e9rieur de la chambre ne laissant plus beaucoup d’espace pour nous recroqueviller. Mais l’orage passe et tout rentre dans l’ordre … pour le moment. La second front nous r\u00e9veille quelques minutes apr\u00e8s, nous faisant regretter l’invitation des mongols.<\/p>\n Deux fronts de pluie nous fr\u00f4lent de peu, mais nous sommes toujours au chaud et au sec. Tant mieux d’ailleurs, car les pistes mongoles deviennent franchement rudes lorsqu’elles passent du sable ou de la terre tass\u00e9e \u00e0 la boue. C’est maintenant tout autour de nous que le ciel est d’encre, mais nous semblons dot\u00e9s d’une chance sup\u00e9rieure aux jours pr\u00e9c\u00e9dents car la trou\u00e9e dans le ciel avance \u00e0 la m\u00eame vitesse que nous et qui plus est dans la m\u00eame direction. Les chemins finissent tout de m\u00eame par devenir plus gras et de larges flaques n\u00e9cessitent parfois de faire un petit d\u00e9tour pour \u00e9viter les pi\u00e8ges trop \u00e9vidents des orni\u00e8res qui se cachent par dessous.<\/p>\n Alors que nous atteignons un village en fin de journ\u00e9e nous en voyons partir deux routes. Nous cherchons donc un quidam pour lui demander la direction \u00e0 prendre et constatons une nouvelle fois que les hommes ont succomb\u00e9 \u00e0 l’appel de la bouteille. Bien qu’il se fasse d\u00e9j\u00e0 assez tard nous poussons donc un peu plus pour nous \u00e9loigner. La plaine s’\u00e9tire parfaitement plate sur des kilom\u00e8tres, n’offrant aucun relief pour planquer une tente. Nous en atteignons presque la fin lorsqu’une \u00e9table inhabit\u00e9e semble faire l’affaire un peu en hauteur. Nous y installons la tente et pr\u00e9parons la cuisine au spectacle du coucher de soleil qui rougit le ciel.<\/p>\n Ils ont beau \u00eatre souvent sympathiques, les mongols sont tout \u00e0 fait capable d’\u00eatre les m\u00eames bourrins que partout ailleurs d\u00e8s qu’ils ont un volant entre les mains. Un trait que semble partager une bonne partie de l’humanit\u00e9 malheureusement. Nous les voyons jouer \u00e0 la course sur les pistes chaotiques, se doubler de force et se klaxonner alors qu’il y a parfois plus de 10 pistes parall\u00e8les trac\u00e9es dans l’herbe de la steppe. Nous faisons r\u00e9guli\u00e8rement les frais de l’impatience des voitures qui nous passent. L’arkhi n’aide pas beaucoup \u00e0 calmer les ardeurs, ni \u00e0 conduire proprement et nous passons r\u00e9guli\u00e8rement des camions arr\u00eat\u00e9s \u00e0 cause d’une casse. Vu l’\u00e9tat de leurs routes, les mongols ont d\u00e9velopp\u00e9s un sens de la m\u00e9canique assez aigu et ne font du coup plus trop d’efforts pour soulager leurs v\u00e9hicules. Nous passons un camion qui a rouler un peu trop pr\u00e8s du foss\u00e9. Les deux chauffeurs sont encore tout goguenards sous l’effet de la vodka et ne semblent pas vraiment \u00e9mus par le sort de leur engin.<\/p>\n En soir\u00e9e, nous trouvons un petit coin \u00e0 peu pr\u00e8s cach\u00e9 de la route et des habitations alentour pour poser notre camp. \u00c0 peine avons nous d\u00e9ball\u00e9 les sacs qu’un motard d\u00e9barque, assez surpris de nous trouver l\u00e0 sur le chemin de ses vaches. Nous \u00e9changeons quelques mots et ne ressentons pas de danger particulier pour passer la nuit ici. Pendant que Laetitia s’affaire \u00e0 la popote, S\u00e9bastien s\u2019occupe de faire quelques r\u00e9parations sur les v\u00e9los.<\/p>\n La journ\u00e9e se d\u00e9roule semblable aux autres. Nous naviguons sur des routes faites de cailloux et de sables et bataillons beaucoup avec nos mouches. Une fois n’est pas coutume, un petit village appara\u00eet \u00e0 la bonne heure et nous esp\u00e9rons bien y trouver de l’eau et de quoi caler un creux. Pour l’eau pas de probl\u00e8me, il y a au moins une demi-douzaine de boutiques qui ont bien quelques bouteilles d’eau au milieu de la quantit\u00e9 extravagante de bouteilles d’alcool. Pour le restaurant par contre c’est un peu plus d\u00e9licat. On nous pointe quelques maisons, mais elles semblent vides. Nous passons de rues en rues en esp\u00e9rant trouver notre bonheur. Finalement, dans une boutique, une dame compatissante nous prend par la main et nous emm\u00e8ne dans une \u00e9ni\u00e8me maison. Elle discute quelques minutes avec la jeune femme qui y habite et qui finit par nous ouvrir le restaurant attenant.<\/p>\n Au menu, elle ne peut nous proposer que des Khushuur. Et bien voyons donc ce que c’est ! Au bout de quelques minutes, elle finit par nous apporter chacun deux esp\u00e8ces de chaussons fourr\u00e9s \u00e0 la viande, de mouton \u00e9videmment. Ce n’est pas mauvais du tout et nous lui en recommandons d’autres. En guise de boisson, un sceau tr\u00f4ne sur le comptoir avec un m\u00e9lange d’eau, de raisons secs et de sucre. Seul S\u00e9bastien se sent le courage de tester le breuvage qui n’est effectivement pas forc\u00e9ment tr\u00e8s engageant \u00e0 premi\u00e8re vue. Apr\u00e8s de nombreux mois aux quatre coins du globe nos estomacs sont maintenant rod\u00e9s pour (presque) n’importe quoi.<\/p>\n Ils sont venus ici pour les deux jeunes gar\u00e7ons qui participeront demain matin \u00e0 la course de chevaux du Naadam. Les deux petits gars sont excit\u00e9s comme des puces \u00e0 cette id\u00e9e et tiennent d\u00e9j\u00e0 difficilement en place. Apr\u00e8s une s\u00e9ance de discussion hasardeuse, notre camarade \u00e9m\u00e9ch\u00e9 d\u00e9cide de retourner \u00e0 son camp. En guise de camp, les hommes et leurs gar\u00e7ons vont tout simplement passer la nuit \u00e0 m\u00eame le sol au milieu de leurs chevaux. Pour les hommes pas de soucis, ils trouvent de quoi se r\u00e9chauffer dans quelques bouteilles d’arkhi, mais nous plaignons quand m\u00eame les plus jeunes.<\/p>\n Avant que nous nous rentrions dans la tente, un nouveau convoi arrive avec les 3 autres hommes que nous n’avions pas encore rencontr\u00e9. Eux aussi ont bien profiter de la bouteille et l’un d’eux peine \u00e0 garder les yeux ouverts. Ils ne sont pas m\u00e9chants mais nous ne sommes tout de m\u00eame pas forc\u00e9ment tr\u00e8s \u00e0 l’aise.<\/p>\n<\/a>Nous tardons a partir ce matin et comme l’heure est d\u00e9j\u00e0 avanc\u00e9e, nous passons au restaurant d’hier avant de nous \u00e9lancer dans la steppe. Nous quittons Bulgan par une route bitum\u00e9e qui nous est agr\u00e9able au d\u00e9but, mais qui nous d\u00e9voile ses mauvais c\u00f4t\u00e9s assez rapidement. Alors que nous peinons dans un col, avan\u00e7ant \u00e0 un rythme ralenti par nos sacoches pleines de vivres, nous sommes soudainement assaillis de mouches. Notre horizon se couvre de ces petites bestioles volant fr\u00e9n\u00e9tiquement autour de nous et se posant partout, sur nos visages, sur nos bras, nos jambes et qui rendent l’ascension encore plus p\u00e9nible qu’elle ne l’\u00e9tait. \u00c0 chaque descente, en plus du plaisir d’avancer sans effort, il y a celui d’aller plus vite que ne le peuvent nos accompagnatrices. Mais bien entendu, \u00e0 la mont\u00e9e suivante, une nouvelle nu\u00e9e nous prend en chasse.<\/p>\n
<\/a>Cette famille bien sympathique vit sous la m\u00eame toile \u00e0 3 g\u00e9n\u00e9rations : les grands-parents, les parents et leur fille qui les a rejoint pour les vacances d’\u00e9t\u00e9. Nous les observons faire la traite des vaches et des yaks et discutons un peu du v\u00e9lo et de notre parcours. Nous leur offrons quelques fruits secs et eux nous offrent des produits de leurs vaches, quelques fromages secs et une belle portion de ce qui nous appara\u00eet \u00e0 mi-chemin entre du beurre et de la cr\u00e8me fra\u00eeche qu’ils nous sugg\u00e8rent d’\u00e9taler en \u00e9paisse couche sur du pain. Le r\u00e9sultat n’est pas d\u00e9plaisant, mais \u00e0 deux nous sommes bien incapables de finir le tout.<\/p>\n
Cache-cache avec les orages<\/h3>\n
80 km<\/h4>\n
<\/a>La belle route bitum\u00e9e prend fin au bout d’une dizaine de kilom\u00e8tres pour le plus grand plaisir des mouches qui ont encore moins de mal \u00e0 nous suivre. Nous en venons \u00e0 maudire le vent qui nous arrive dans le dos et leur rend un grand service pour rester \u00e0 notre hauteur sans effort et en venons m\u00eame \u00e0 esp\u00e9rer un petit vent de face, synonyme de tranquillit\u00e9. Nous passons toujours \u00e0 travers de grandes plaines larges s\u00e9par\u00e9es entre elles par de petits cols. Le jeu de piste \u00e0 la mongole consiste \u00e0 trouver parmi les nombreuses \u00e9bauches de chemins alternatifs celui qui donnera le meilleur terrain pour p\u00e9daler. Depuis plusieurs jours nous constatons que la fr\u00e9quence des orages est inf\u00e9rieur \u00e0 24h, de sorte qu’ils nous arrivent dessus toujours un peu plus t\u00f4t chaque jour. Aujourd’hui nous pouvons voir assez t\u00f4t grossir les nuages derri\u00e8re les quelques monts qui d\u00e9corent le paysage. Certains coins du ciel s’assombrissent fortement et nous donnent de beaux contrastes de lumi\u00e8re pour appr\u00e9cier la nature environnante.<\/p>\n
Sur l’autoroute des vacances<\/h3>\n
85 km<\/h4>\n
<\/a>Au bout de la plaine, derri\u00e8re le petit collet vite aval\u00e9, nous tombons sur un objet rare : un panneau de signalisation ! Et qui tombe \u00e0 pic, car aucune voiture ne nous a encore pass\u00e9 ce matin. Au fur et \u00e0 mesure de la journ\u00e9e, le trafic s’intensifie. Beaucoup de mongols filent vers les abords du lac Khovsgol pour passer leurs vacances et emprunte ces routes qui n’y paraissent pas mais qui sont bel et bien des axes principaux du pays. Nous avons aussi de nombreux camions aujourd’hui, ce qui nous donnent un peu l’impression de nous retrouver sur l’autoroute du midi un jour de grand d\u00e9part, les bouchons en moins tout de m\u00eame. <\/p>\n
<\/a><\/p>\nBivouac pr\u00e8s des cavaliers<\/h3>\n
87 km<\/h4>\n
<\/a><\/p>\n<\/a>Nous repartons sous une pluie qui tente de nous faire peur mais qui se d\u00e9gonfle avant nous et finissons par att\u00e9rir une nouvelle fois dans une longue vall\u00e9e. Cette fois, nous tentons une nouvelle strat\u00e9gie, nous d\u00e9cidons de partir dans la pampa et de poser la tente suffisamment loin de la route pour ne plus \u00eatre trop visible. Un groupe de cavaliers s’affairent au loin. L’un d’eux nous rejoints accompagn\u00e9 de deux jeunes gar\u00e7ons tr\u00e8s curieux. Le contact se passe tr\u00e8s bien et le jeune homme nous aide m\u00eame \u00e0 monter la tente, puis repart vers ses autres camarades. Quelques minutes plus tard, c’est un autre homme qui revient vers nous, toujours accompagn\u00e9 des deux curieux. Cette fois par contre, l’\u00e9nergum\u00e8ne est franchement ivre. Le mongol n’est d\u00e9j\u00e0 pas une langue facile \u00e0 comprendre, mais le mongol bourr\u00e9 devient franchement impossible. Nous marchons sur des \u0153ufs pour ne pas risquer de le f\u00e2cher. Les enfants jouent les traducteurs en cherchant leur mots dans notre dictionnaire.<\/p>\n
<\/a><\/p>\n
Un r\u00e9veil matinal<\/h3>\n
80 km<\/h4>\n