Nous esp\u00e9rons le col derri\u00e8re chaque virage, mais il n’arrive jamais. Le climat passe du soleil et de la chaleur du fond de la vall\u00e9e aux nuages bien plus frais des hauteurs. Nous croisons des nomades de retours de leur recherche de vers. Un couple se tient par la main et nous trouvons \u00e7a tr\u00e8s charmant. Du coup nous d\u00e9cidons de leur demander un endroit pour poser la tente. Instantan\u00e9ment nous sommes invit\u00e9s dans leur camp, ce que nous acceptons bien volontiers. Il fait d\u00e9j\u00e0 bien froid \u00e0 cette altitude, 4200m affich\u00e9s au compteur et nous ne nous voyons pas p\u00e9daler beaucoup plus longtemps. Dans la tente il fait une chaleur agr\u00e9able avec le po\u00eale qui donne et la moiti\u00e9 du camp qui est venu voir les deux cyclistes avec curiosit\u00e9. <\/p>\n On nous offre le th\u00e9 et des bricoles \u00e0 manger : des momos faits maison et des boules d’une esp\u00e8ce de farine brune m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 une belle quantit\u00e9 de beurre de yak fondue. Puis nous annon\u00e7ons que nous allons monter la tente. Tout le monde vient nous donner un coup de main. Enfin presque tout le monde, car certains pr\u00e9f\u00e8rent essayer les v\u00e9los, le tout dans une ambiance de franche rigolade. Apr\u00e8s quoi c’est l’heure de manger. Nous proposons les vivres de nos sacoches, mais ils nous disent de les garder pour la route qui nous attend. Les discussions vont bon train. Ils sont tr\u00e8s curieux de notre religion. Sommes-nous aussi bouddhistes ? V\u00e9n\u00e9rons-nous le Dalai Lama ? S\u00e9bastien soul\u00e8vent sa jambe de pantalon pour enfiler une grosse paire de chaussette et d\u00e9voile une jambe poilue qui fait aussi la curiosit\u00e9 des hommes. Entre \u00e7a et sa barbe d’un mois il impressionne. Nos dents blanches sont aussi un sujet de discussion pour ces gens dont la plupart r\u00e9v\u00e8lent quelques dents en or.<\/p>\n Le plat du jour est une belle marmite de p\u00e2tes fra\u00eeches faites maisons revenues avec quelques piments raisonnables et des morceaux de poivrons. Nous nous r\u00e9galons et on nous propose de remplir les bols d\u00e8s qu’ils commencent \u00e0 se vider. Mais S\u00e9bastien reste raisonnable car il sait maintenant que ce sera aussi la m\u00eame marmite pour leur petit d\u00e9jeuner et il ne veut pas mettre \u00e0 la di\u00e8te ses g\u00e9n\u00e9reux h\u00f4tes.<\/p>\n Cette mont\u00e9e qui n’en finissait pas hier soir, n’est toujours pas termin\u00e9e et il nous faut encore grimper 250m pour en venir \u00e0 bout. Depuis le col, la vue sur la vall\u00e9e qui nous attend est sympathique. De grandes prairies vallonn\u00e9es s’\u00e9tendent \u00e0 pertes de vues, vertes et parsem\u00e9es de quelques maisons ci et l\u00e0. Et cette route qui descend enfin ! Nous filons sans effort vers les troupeaux ce yaks et posons r\u00e9guli\u00e8rement pour prendre quelques photos. Alors que le soleil nous r\u00e9chauffe, nous d\u00e9cidons de faire la pause pique nique en bord de route. Nous n’avons pas finit le premier sandwich qu’une moto s’arr\u00eate \u00e0 notre hauteur. Notre h\u00f4te d’hier soir et sa compagne sont d\u00e9j\u00e0 en route vers Ta Gong o\u00f9 nous leur avons promis de d\u00e9poser les photos. Aie, pour nous il y a encore une trentaine de kilom\u00e8tres et un petit moment de v\u00e9lo.<\/p>\n Nous reprenons ensuite la route qui continue de descendre gentiment vers Ta Gong. Le paysage toujours aussi vert, brout\u00e9 aussi raz qu’un terrain de golf, est apaisant. Nous ne nous arr\u00eatons pas \u00e0 Ta Gong et pr\u00e9f\u00e9rons poursuivre tant que le soleil est pr\u00e9sent. Nous avons une longue route \u00e0 faire jusqu’\u00e0 Chengdu et nous savons qu’il faut pousser un peu tous les jours pour arriver \u00e0 bon port dans un temps raisonnable. Apr\u00e8s Ta Gong il faut remonter de quelques centaines de m\u00e8tres pour atteindre un petit col et \u00eatre r\u00e9compens\u00e9s d’une belle descente. La vall\u00e9e est assez peupl\u00e9e et nous nous demandons bien o\u00f9 nous pourrons trouver un endroit pour poser la tente. Faute de quoi nous continuons \u00e0 avancer. En plus d’un lieux, il nous faudrait aussi un peu d’eau. S\u00e9bastien aper\u00e7oit une dame dans son jardin et lui agite une bouteille d’eau vide en guise de question. Elle nous fait alors de grands signes de venir et nous propose carr\u00e9ment de loger chez elle ce soir. Ma foi, avec ce soleil qui se couche d\u00e9j\u00e0 et le manque de solutions \u00e0 court terme nous acceptions bien volontiers.<\/p>\n Nous nous retrouvons \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans l’une de ces maisons tib\u00e9taines qui nous avons si souvent contempl\u00e9e depuis la route. L’int\u00e9rieur est aussi d\u00e9cor\u00e9 que celui des temples. L’\u00e9tage est compos\u00e9 d’une cuisine avec son po\u00eale, d’une chambre attenante et de deux grandes pi\u00e8ces avec tables et bancs qui peuvent servir de lit.<\/p>\n Apr\u00e8s ce lever si matinal nous sommes sur les v\u00e9los d\u00e8s 8h du matin. Un petit col pour r\u00e9veiller les jambes et nous filons sur une belle route peu fr\u00e9quent\u00e9e en descente. Soudain nous apercevons une quantit\u00e9 de drapeaux tib\u00e9tains et des gens qui se baignent. Juste au bord de la route, 3 grands bassins captent l’eau d’une source chaude. Malgr\u00e9 la crasse et les papiers partout nous ne r\u00e9sistons pas \u00e0 l’envie de baigner les jambes. Le vent puissant et frais nous retient de nous tremper plus que \u00e7a.<\/p>\n<\/a>Encore une fois, nous d\u00e9marrons tranquillement. Nous longeons une vall\u00e9e fleurie pleine d’azal\u00e9es et fort charmante. La route est assez ab\u00eem\u00e9e, est ce le tremblement de terre de 2008 ? Nous ne sommes pas vraiment \u00e9tonn\u00e9s de voir autant d’\u00e9boulements. Lors de la construction de la route, qui ne semble pas vieille, ils ont juste fait la route sans stabiliser les accotements. Le r\u00e9sultat ressemble \u00e0 une grande balafre dans le paysage. \u00c7a monte, \u00e7a monte. Nous avan\u00e7ons doucement sur cette route assez d\u00e9serte. En plus Laeti est un peu malade, quelque chose que nous avons mang\u00e9 peut \u00eatre ?<\/p>\n
<\/a>Nous leur posons des questions \u00e0 notre tour. Ils sont dans les parages pour 2 mois, le temps de trouver les vers qu’ils revendent \u00e0 bon prix. Dans quelques jours seuleument ils s’en iront plus bas puis encore plus bas dans la vall\u00e9e pour les mois d’hiver. Ils sont curieux de nos habitudes en France. Combien d’enfants avons nous ? Combien pouvons nous avoir ? Eux m\u00eame semblent assez frustr\u00e9s d’\u00eatre limit\u00e9s. Ils aiment beaucoup chanter et entonne parfois quelques notes. Ils nous demandent de chanter aussi, mais nous sommes un peu \u00e0 court d’id\u00e9e. Laetitia se risque \u00e0 La Marseillaise et Petit papa No\u00ebl … et encore pas complet. C’est d\u00e9cid\u00e9 nous ferons quelques recherches pour les prochaines occasions \ud83d\ude42 Quand vient l’heure de passer dans la tente, la pluie s’invite \u00e0 la f\u00eate et vient s’abattre avec fracas pendant quelques heures sur la toile qui r\u00e9siste du mieux qu’elle peut.<\/p>\n
Lac Rouge – Bamei<\/h3>\n
98km, +850, -1250m<\/h4>\n
<\/a>Ce matin, ils nous proposent une s\u00e9ance photo. Volontiers! Nous leur montrons notre imprimante et leur proposons de leur en donner quelques unes. Malheureusement, leurs panneaux solaires ne permettent pas de la faire marcher. Qu’\u00e0 cela ne tienne, nous trouverons un moyen. Pour l’heure tout le monde se pr\u00eate au jeu. Notre h\u00f4te rev\u00eat son manteau traditionnel, sa femme replace sa coiffe et on habille le petit. Puis ce sont les autres membres de la communaut\u00e9 qui viennent pour le shooting. Les femmes sont superbes avec leur visage doux, leurs yeux en amendes et les bijoux qui les mettent en valeur. Tout le monde veut une photo avec les deux \u00e9nergum\u00e8nes \u00e0 v\u00e9lo. Nous passons un bon moment \u00e0 faire tant\u00f4t les mannequins, tant\u00f4t les photographes. D\u00e9cid\u00e9ment, ces gens sont vraiment charmants. Nous voulons vraiment leur transmettre les photos. Impossible de les leur envoyer par la poste. Nous convenons de les d\u00e9poser dans un caf\u00e9 connu de la prochaine ville o\u00f9 nous avions d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cid\u00e9 de faire une petite halte. Le rendez vous est pris et nous enfourchons nos v\u00e9los. <\/p>\n
<\/a>Nous avalons rapidement la fin du sandwich, replions la tente qui s\u00e9chait sur la barri\u00e8re et reprenons la route \u00e0 leur c\u00f4t\u00e9. Mais les voil\u00e0 qui s’arr\u00eatent en cours de route au niveau d’une maison et nous font signe de les suivre. Ici habite une connaissance dans une maison en dure, avec le courant. Parfait, nous pourrons donc faire les photos ici. La maison est toute simple en brique de terre. Les murs sont couverts de ce qui \u00e9tait disponibles \u00e0 l’\u00e9poque, morceaux de journaux, morceaux de b\u00e2ches. Dans un coin, une armoire est d\u00e9di\u00e9e aux photos de lamas et quelques grigris bouddhistes. Une photo discr\u00e8te du Dalai Lama. De l’autre c\u00f4t\u00e9 de la maison, le po\u00eale autour duquel nous accueil la ma\u00eetresse de maison et une autre femme qui se trouve \u00eatre la m\u00e8re de notre ami. On nous offre le th\u00e9 et quelques bricoles \u00e0 manger que S\u00e9bastien ne refuse bien \u00e9videmment pas. L’imprimante est branch\u00e9e au courant et les impressions commencent. De voir les photos sortir donne \u00e0 nos amis de nouvelles envies de photos avec les enfants.<\/p>\n
Bamei – Zhongluo<\/h3>\n
100km, +600m, -2100m<\/h4>\n
<\/a>\u00c0 6h la porte s’ouvre et notre h\u00f4tesse nous r\u00e9veille. Les neurones pas tout \u00e0 fait en place, nous la rejoignons autour du po\u00eale o\u00f9 elle nous propose \u00e0 nouveau du zanba. Mais ce matin nous manquons d’app\u00e9tit pour les choses \u00e0 base de beurre de yak et refusons poliment ses nombreuses offres de rabe. Nous proposons \u00e0 nouveau une s\u00e9ance de photo qui ravi la jeune fille. La m\u00e8re se recoiffe, la jeune fille part chercher une tenue de circonstance et nous voil\u00e0 dehors pour quelques photos. <\/p>\n
<\/a>Au bout du canyon nous arrivons sous une pluie d’orage dans la ville insipide de Danba qui a quand m\u00eame la grande qualit\u00e9 d’avoir des restaurants servant de d\u00e9licieuses soupes de raviolis. La pluie persiste, mais nous faisons tout de m\u00eame un petit d\u00e9tour pour admirer les tours de gu\u00e9 du village de Suopo. Les nuages bas qui s’enroulent autour donnent une atmosph\u00e8re un peu mystique au lieu. Nous poursuivons ensuite vers Zhongluo, un autre village avec des tours de gu\u00e9. Une fois travers\u00e9 la rivi\u00e8re, la route part en lambeaux et se cabre fortement; sans compter les innombrables passages de boue. \u00c0 tel point que nous croisons un tracteur embourb\u00e9 que 6 hommes tentent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de faire avancer. S\u00e9bastien se joint \u00e0 la troupe avec deux autres chinois coinc\u00e9s derri\u00e8re et ce renfort permet finalement de d\u00e9gager l’engin. Alors que les 3\/4 de la route ont \u00e9t\u00e9 conquis, la pluie se renforce et nous d\u00e9cidons de poser le camp sur une petite zone de plat rep\u00e9r\u00e9e non loin de l\u00e0.<\/p>\n