Nous arrivons \u00e0 la fronti\u00e8re chinoise vers 20h30. Un officier vient r\u00e9cup\u00e9rer les passeports et on nous demande de sortir du wagon. La fine bruine n’est pas d\u00e9sagr\u00e9able apr\u00e8s la chaleur du train mais nous nous demandons tout de m\u00eame pourquoi nous sommes les seuls sur le quai alors que tout le monde attend au sec dans sa chambre. Nous remontons donc et le train se remet en mouvement. Il s’arr\u00eate dans de grands hangars pour effectuer son changement de bogies. La Mongolie est au standard russe dont l’espacement des rails diff\u00e8re de quelques centim\u00e8tres de celui des rails chinois. Les uns apr\u00e8s les autres les wagons sont lev\u00e9s. On enl\u00e8ve ensuite les roues qu’on fait glisser sous le train. Puis on place les nouvelles de la m\u00eame mani\u00e8re et les wagons sont redescendus lentement.<\/p>\n Quand le jour se l\u00e8ve et que nous sortons de nos songes, le train file \u00e0 travers un paysage sec qui s’\u00e9tire \u00e0 perte de vue. Nous finissons rapidement de passer les derniers hectares du d\u00e9sert de Gobi et la nature reprend progressivement ses droits, verdissant de plus en plus. Nous apercevons encore quelques chameaux mais ils sont vite remplac\u00e9s par des hordes de vaches et de chevaux. De ci de l\u00e0 quelques ger, le terme officiel pour les yourtes mongoles, viennent offrir de petites t\u00e2ches blanches \u00e9clatantes dans ce paysage vert uniforme.<\/p>\n La nouvelle attraction du train est le compartiment restaurant qui a \u00e9t\u00e9 chang\u00e9 au passage de la fronti\u00e8re. La d\u00e9coration simple et sans relief du wagon chinois au style communiste a fait place \u00e0 un wagon en bois d\u00e9cor\u00e9 d’articles mongols bien plus extravagants. Le menu a chang\u00e9 de m\u00eame et les tarifs sont indiqu\u00e9s en Togrogs. Pour le touriste coinc\u00e9 avec ses yuans, la tenanci\u00e8re se fait un plaisir de le soulager \u00e0 un taux qui ferait p\u00e2lir les vietnamiens eux-m\u00eames. S\u00e9bastien, dont l’estomac refuse de se d\u00e9tourner du menu app\u00e9tissant, trouve un mongol compatissant pour \u00e9changer quelques togrogs et retourne fissa \u00e0 table.<\/p>\n Arriv\u00e9 \u00e0 la chambre d’h\u00f4te qui est en fait simplement un appartement de type HLM, nous faisons la connaissance d’Adrien, un autre cyclo qui revient de sa boucle dans les steppes encore tout enthousiaste des rencontres qu’il a faites. Nous profitons de la cuisine pour nous faire un bon petit repas et raconter nos aventures respectives.<\/p>\n \u00c0 premi\u00e8re vue le coin est tr\u00e8s vert. Il n’y a pas un arbre, mais toute la plaine est recouverte d’une petite plante basse et tr\u00e8s odorante qui rappelle un peu des senteurs de menthe. Quand on y regarde de plus pr\u00e8s par contre, le tapis d’herbes peu dense laisse appara\u00eetre un sol tr\u00e8s sableux et tr\u00e8s sec. En fin de journ\u00e9e alors que nous cherchons un endroit \u00e9loign\u00e9 de la route pour poser la tente, nous apercevons une ger isol\u00e9e et d\u00e9cidons d’aller leur demander la permission de nous poser \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Quelques r\u00e9cits d’horreur ponctuent les forums de voyageurs et beaucoup conseils de se poser sous la protection d’une ger ou bien \u00e0 l’abri des regards. La consommation d’arkhi, la vodka locale, rend certain mongols un peu violents et mieux vaut \u00e9viter de se retrouver sur le chemin d’un colosse \u00e9m\u00e9ch\u00e9.<\/p>\n Lorsqu’un premi\u00e8re t\u00eate sort de la ger, c’est avec un grand sourire qu’elle nous accueille. Il n’y a bien entendu aucun souci pour que nous plantions la tente ici. Le p\u00e8re aide m\u00eame S\u00e9bastien \u00e0 contenir la tente qui prend de grandes envol\u00e9es \u00e0 chaque bourrasque. Ils sont assez intrigu\u00e9s par la tente et le r\u00e9chaud qui doivent leur para\u00eetre un peu petits en comparaison de leur mat\u00e9riel. Ils rentrent les ch\u00e8vres pour la nuit et chacun s’engouffre dans le confort de son abri.<\/p>\n Nous finissons par nous mettre en route et nous reprenons l’asphalte pour quelques kilom\u00e8tres avant de bifurquer vers le nord en direction de Bulgan. C’est la que commence l’exp\u00e9dition sur les v\u00e9ritables pistes mongoles. L’orientation peu s’av\u00e9rer ardue. Lorsqu’un chemin devient trop remuant au go\u00fbt d’un chauffeur, il en d\u00e9marre un nouveau, ou bien tout simplement parce qu’il souhaite tirer plus droit. Au final c’est bien souvent qu’il faut choisir entre 2, 3 ou 4 directions possibles, sans \u00eatre trop s\u00fbr si tous les chemins m\u00e8nent bien au m\u00eame endroit. Naturellement les panneaux de circulation n’existent pas. Nous sortons donc r\u00e9guli\u00e8rement la boussole pour v\u00e9rifier si la direction est plausible ou non. \u00c7a ne nous emp\u00eache pas pour autant de d\u00e9vier all\u00e8grement de la route pr\u00e9vue, ce dont nous nous rendons compte en fin de journ\u00e9e en apercevant un lac au bord duquel nous n’\u00e9tions pas sens\u00e9 passer. Qu’\u00e0 cela ne tienne, puisqu’il y a des chemins dans tous les sens, il y en aura bien un pour nous ramener o\u00f9 il faut !<\/p>\n<\/a>Nous partons en direction d’UlaanBaatar dans le fameux transsib\u00e9rien. Cette fois nous avons opt\u00e9 pour la seconde classe et au final elle vaut tout \u00e0 fait la premi\u00e8re classe des trains chinois. Les premi\u00e8res classes ont ceci de plus qu’elles n’ont que deux lits et une douche qui est partag\u00e9e avec la chambre d’\u00e0 c\u00f4t\u00e9. Au d\u00e9marrage il n’y a quasiment que des passagers occidentaux. Tout le monde semble excit\u00e9 comme des gosses et les discussions vont bon train.<\/p>\n
<\/a>On nous rend nos passeports aux alentours de minuit en nous conseillant de ne pas dormir tout de suite car la fronti\u00e8re mongole est pour bient\u00f4t. En effet, une heure et demie plus tard, nous sommes tir\u00e9s de notre somnolence pour le contr\u00f4le des visas. Notre wagon jusque l\u00e0 vide s’est soudain rempli de mongols et de chinois. Ces derniers s’empressent d’allumer une cigarette et Laetitia leur rappelle fermement que le wagon est non-fumeur. Nous ne sentirons plus la moindre volute du reste du voyage, ce qui fait bien sourire notre camarade de chambre mongol, qui comme tout mongole, n’appr\u00e9cie pas trop les chinois.<\/p>\n
<\/a>\u00c0 travers les fen\u00eatres du train, la verdure continue de s’\u00e9tendre, rarement d\u00e9rang\u00e9e par les petits villages de quelques maisons o\u00f9 le bitume est souvent absent. 2 ou 3 kilom\u00e8tres \u00e0 peine avant la gare finale, la densit\u00e9 des habitations augmente. Des gers tout d’abord, puis des maisons en dur et enfin des immeubles. La capitale mongole est vraiment minuscule \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de toutes les autres que nous avons travers\u00e9es. Un petit million d’habitants \u00e0 peu pr\u00e8s, soit le tiers de la population mongole totale.<\/p>\n
Vers les plaines de l’Ouest<\/h3>\n
98 km<\/h4>\n
<\/a>La sortie d’OulaanBaatar se fait par une route de plus en plus d\u00e9mont\u00e9e jusqu’\u00e0 devenir un champ d’orni\u00e8res. Rapidement la ville laisse place \u00e0 nouveau \u00e0 la plaine et quelques voies parall\u00e8les offrent un peu d’alternative \u00e0 notre champ de bosses. Au bout d’une vingtaine de kilom\u00e8tres nous bifurquons sur l’A0301 toute neuve et appr\u00e9cions de pouvoir enfin avancer un peu plus sereinement. Sur l’horizon deux points se distinguent du reste du trafic et nous devinons rapidement que ce sont des cyclistes. Ces deux belges se sont aventur\u00e9s hors de la route principale et nous racontent leurs deux jours de gal\u00e8re \u00e0 pousser les v\u00e9los dans le sable. Ils ont la peau rougit par les nombreuses heures pass\u00e9es sous le soleil de plomb. Eux aussi sont encore tout enthousiaste des rencontres qu’ils ont faites. Ces r\u00e9cits sont d\u00e9cid\u00e9ment tr\u00e8s prometteurs, sauf le sable peut \u00eatre.<\/p>\n
Sortie de piste<\/h3>\n
80 km<\/h4>\n
<\/a>Alors que nous replions le camp nous sommes invit\u00e9s dans la ger. Nous nous installons \u00e0 gauche en faisant bien attention de ne pas nous cogner la t\u00eate en passant la porte basse, signe de malheur. On nous sert une tasse de th\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement sal\u00e9 et des petites d\u00e9licatesses \u00e0 base de lait de ch\u00e8vre, comme ces petits fromages tous secs si durs \u00e0 croquer. Beaucoup d’encre a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 vers\u00e9e sur la cuisine mongole et la difficult\u00e9 des occidentaux \u00e0 en appr\u00e9cier toutes les subtilit\u00e9s. En attendant ce premier contact n’est pas si difficile et le th\u00e9 qu’on nous a servi est plus facile \u00e0 finir que le th\u00e9 au beurre de yak des tib\u00e9tains. Nous restons toute fois polis et \u00e9vitons de vider la th\u00e9i\u00e8re de nos h\u00f4tes. En voyant le tableau de photos qui tr\u00f4ne sur le meuble, Laetitia leur propose de leur tirer une photo de famille. La m\u00e8re se met imm\u00e9diatement \u00e0 remuer toute la ger pour habiller ses 4 hommes pour l’occasion. Ils observent ensuite tr\u00e8s intrigu\u00e9s lorsque nous sortons notre imprimante et les yeux s’\u00e9carquillent \u00e0 la vue de la photo qui s’imprime devant eux. Ils nous demandent alors de leur en faire une autre des gar\u00e7ons sur la moto familiale. Mais pour cela il faut d\u00e9j\u00e0 leur remettre la main dessus. Les trois arsouilles tiennent difficilement en place. ils courent, sautent, tombent souvent. L’un d’eux \u00e0 m\u00eame le pied sacr\u00e9ment abim\u00e9, mais il poursuit sans broncher. <\/p>\n