Lorsque nous y arrivons, une s\u00e9ance de pri\u00e8re est en cours et nous restons timidement dans devant la porte. Les moines nous font alors signe de rentrer pour appr\u00e9cier un peu plus les lieux. Nous retrouvons des images aper\u00e7ues dans des films ou des reportages. Un moine est perch\u00e9 plus haut que les autres sur un grand si\u00e8ge de bois. Il semble \u00eatre aux commandes de la c\u00e9r\u00e9monie, tandis que les autres suivent ses paroles et ses gestes. Ils sont enroul\u00e9 dans de grandes tuniques au col de fourrure qui indiquent que les temp\u00e9ratures ne sont pas toujours cl\u00e9mentes. D’ailleurs le temple est bien plus froid que l’ext\u00e9rieur. La pri\u00e8re alterne r\u00e9citations de mantra et chants accompagn\u00e9s de cymbales et de tambours qui semblent jouer dans une certaine cacophonie alors qu’un regard plus pr\u00e9cis d\u00e9note des gestes plut\u00f4t pr\u00e9cis.<\/p>\n Nous restons un moment \u00e0 les \u00e9couter et ressortons tout apais\u00e9s. Mais dehors l’orage s’abat soudainement sur nous. L’id\u00e9e de p\u00e9daler sous l’orage ne nous emballe pas trop et nous pr\u00e9f\u00e9rons passer la pluie \u00e0 l’abri des moulins \u00e0 pri\u00e8re; ce qui nous vaut quelques sourires et salutations de la part des moines qui passent par l\u00e0. Quand l’orage se calme enfin nous repartons sur notre route en pente douce dans l’espoir de faire quelques kilom\u00e8tres de plus que nous n’aurons pas \u00e0 forcer demain.<\/p>\n Le soleil a vite remplac\u00e9 les nuages et il fait \u00e0 nouveau malgr\u00e9 les plus de 4000m d’altitude. Nous ne croisons plus de village, mais des tente d’o\u00f9 sortent parfois quelques petites t\u00eates curieuses. Nous sommes impressionn\u00e9s par le d\u00e9nuement dans lequel vivent ces familles. La route poursuit son ascension douce \u00e0 travers de grandes plaines couvertes d’\u00e9normes rochers. Soudain c’est le retour de l’orage. L\u00e6titia n’est pas trop enchant\u00e9e d’\u00eatre si haut dans cette plaine sous le tonnerre qui gronde. Nous prenons abri sous un rocher, mais l’orage ne passe pas. Le froid est lui aussi arriv\u00e9 soudainement et le front de pr\u00e9cipitation que nous voyons au loin couvre les rochers d’une fine pellicule blanche. Apr\u00e8s les 30\u00b0C de l’apr\u00e8s-midi voil\u00e0 qu’il neige ! Enfin pas sur nous. Sur nos t\u00eates c’est bien de la pluie et du genre de celles qui mouillent. C’est donc sous la tente que nous nous mettons en cuisine ce soir. \u00c7a ne nous \u00e9tait pas arriv\u00e9 depuis la Nouvelle Z\u00e9lande. Esp\u00e9rons qu’il ne pleuve pas trop cette nuit pour que nous puissions rester au sec !<\/p>\n Le premier d’entre eux est un motard. Emmitoufl\u00e9 dans une grosse veste en cuir au col de fourrure et une cagoule en polaire doubl\u00e9e d’une \u00e9charpe \u00e9paisse, nous ne voyons pas tout de suite son visage. Il s’arr\u00eate \u00e0 notre hauteur et se d\u00e9barrasse de toutes ses couches. Il a la peau mate, des yeux noirs tr\u00e8s fins, une longue chevelure ondulante noire et une moustache fine \u00e0 la d’Artagnan. Il nous propose sa cueillette de vers, mais nous ne savons pas trop quoi en faire et nous le voyons repartir et dispara\u00eetre au loin.<\/p>\n Nous arrivons enfin au col, \u00e0 4696m, et redescendons un peu pour trouver un endroit abrit\u00e9 du vent pour pique niquer. Les nomades qui ont leur tente non loin sont curieux de nous voir faire la popote au r\u00e9chaud. Une bonne soupe de nouilles instantan\u00e9es agr\u00e9ment\u00e9e de tomate, de carotte et d’ail. La route se poursuit en descente jusqu’\u00e0 aboutir dans une vall\u00e9e tout s\u00e8che o\u00f9 nous accueil un bon vent de face. Les villages couleur de terre se fondent dans ce paysage semi-d\u00e9sertique d’o\u00f9 ressorte les temples blancs immacul\u00e9s.<\/p>\n Nous nous \u00e9lan\u00e7ons dans la belle descente et \u00e0 nouveau L\u00e6titia cr\u00e8ve et \u00e0 nouveau il se met \u00e0 pleuvoir. La loi des s\u00e9ries dans toute sa splendeur. Avec le froid et la pluie les doigts sont tous engourdis et nous peinons un peu plus \u00e0 r\u00e9parer. Le coupable est d\u00e9masqu\u00e9. Un trou sur le c\u00f4t\u00e9 du pneu laisse d\u00e9passer un bout de chambre \u00e0 air et les freins un peu trop remont\u00e9s viennent la percer lors des freinages puissants.<\/p>\n Le d\u00e9marrage de la randonn\u00e9e suit une rivi\u00e8re sur 30 kilom\u00e8tres dans le fond d’une vall\u00e9e assez large. Le chemin est mignon, tout fleuri et grimpe tranquillement la pente douce. Nous croisons quelques randonneurs chinois qui ont d\u00fb faire demi-tour devant des premiers sympt\u00f4mes de mal aigu des montagnes. Dans l’ensemble il y a assez peu de monde. Les nuages descendent de plus en plus bas. Nous essuyons quelques gouttes pas bien m\u00e9chantes, mais ce qui g\u00eane le plus c’est le brouillard qui s’installe. De l’autre c\u00f4t\u00e9 de la rivi\u00e8re un homme appara\u00eet dans la brume et nous fait signe de traverser. Il y a bien un pont, mais il est isol\u00e9 au milieu de l’eau et il faut d\u00e9j\u00e0 faire quelques acrobaties pour l’atteindre. Enfin, un pont, 3 troncs un peu fins qui se plient de belle fa\u00e7on sous nos poids. Ensuite il faut sauter de cailloux en cailloux sur 4m pour arriver au sec. Impossible de ne pas se mouiller les pieds sans prendre de risques inconsid\u00e9r\u00e9s pour le reste du corps.<\/p>\n Notre homme se propose de soulager L\u00e6titia pour l’aider \u00e0 traverser en prenant son sac. Pour des gens qu’on annonce sauvages ils ont plut\u00f4t l’air gentlemen. Il nous conduit ensuite vers le camp de tentes o\u00f9 il habite et nous offre le th\u00e9. Tous les chinois \u00e0 qui nous avions pos\u00e9 des questions sur le trek nous ont sugg\u00e9r\u00e9s de faire attention aux gens des montagnes. Ma foi, les clich\u00e9s volent rapidement en \u00e9clats. Nous nous retrouvons avec 3 sympathiques tib\u00e9tains tout sourire. Ils nous propose de dormir sur place mais nous sommes h\u00e9sitants car nous aurions bien march\u00e9 un peu plus. Finalement nous prenons la d\u00e9cision de poursuivre. Ils nous indiquent la direction \u00e0 prendre, mais leurs descriptions vagues dans cette pur\u00e9e de pois nous laisse perplexe. Nous poursuivons un peu et entendons soudain des voix qui nous appellent \u00e0 travers la brume. Un nouvel homme vient \u00e0 notre rencontre et nous conseille de nous poser pour la nuit. Il est vrai que dans le brouillard ce n’est pas trop prudent mais nous devons suivre une rivi\u00e8re, ce qui reste tout \u00e0 fait faisable pour l’instant. Apr\u00e8s quelques explications il nous pointe \u00e0 son tour une direction qui nous parait meilleure cette fois et nous souhaite bonne route.<\/p>\n Dix minutes plus tard nous arrivons aupr\u00e8s d’une autre tente. Nous passons la t\u00eate par la porte pour confirmer la direction \u00e0 prendre. Un jeune couple nous accueille avec un grand sourire et l’homme nous pointe vers le pont de fortune qu’il faut emprunter. \u00c0 son tour il nous conseille de nous poser pour la nuit. Cette fois nous suivons ses conseils et d\u00e9cidons de monter la tente \u00e0 proximit\u00e9 de la leur. L’homme, “Kama” de son pr\u00e9nom, est tout content d’aider S\u00e9bastien dans le montage. Les deux ont un visage tr\u00e8s doux et un sourire grav\u00e9 sur les l\u00e8vres. Alors que nous nous appr\u00eatons \u00e0 lancer le r\u00e9chaud dehors, ils nous invitent autour de leur po\u00eale. Leur tente est toute simple, faite d’une b\u00e2che pos\u00e9e sur une armature de tubes en plastique. Le po\u00eale donne si bien qu’il y fait chaud malgr\u00e9 la porte grande ouverte. \u00c0 gauche du po\u00eale, le lit est d\u00e9limit\u00e9 par 4 planches de bois couvertes d’un matelas de branches et d’une montagne de couvertures. \u00c0 droite, un banc tout simple en bois constitue le reste des meubles. Ils s’assoient sur le banc et nous convient \u00e0 prendre le lit. <\/p>\n Finalement nous prenons cong\u00e9 de nos charmants h\u00f4tes qui s’en vont eux aussi \u00e0 la chasse au tr\u00e9sor. Le chemin poursuit sa mont\u00e9e tranquille \u00e0 travers les arbustes fleuris, puis se redresse finalement \u00e0 l’approche du col. Le petit sentier dessin\u00e9 dans l’herbe s’est progressivement effac\u00e9 et nous en venons aux m\u00e9thodes pifom\u00e9triques pour deviner o\u00f9 il a bien pu partir. \u00c0 force de grimper nous finissons sur un lac gisant au pied d’un beau glacier. Nous avons tir\u00e9 trop \u00e0 gauche mais la vue en vaut bien la peine. D’ici, en plus d’admirer les sommets blancs immacul\u00e9s, nous avons aussi un beau point de vue sur la longue cr\u00eate o\u00f9 se niche quelque part notre fameux col. Nous distinguons au petit d\u00e9croch\u00e9 qui semble faire l’affaire et prenons droit vers lui. Nous commen\u00e7ons \u00e0 \u00eatre bien haut et cela se ressent \u00e0 chaque pas. Le souffle est court. Notre intuition \u00e9tait la bonne. Le petit d\u00e9croch\u00e9 est d\u00e9cor\u00e9 de quelques drapeaux tib\u00e9tains, c’est donc bien l\u00e0 qu’est le col. Les derniers m\u00e8tres sont longs \u00e0 grimper, mais finalement nous y sommes. 4900m. <\/p>\n Tr\u00e8s vite la route que nous suivons se transforme en chemin \u00e0 peine carrossable. Nous traversons quelques hameaux abandonn\u00e9s puis finissons dans le lit la rivi\u00e8re sur un chemin de galets. Nous d\u00e9busquons une petite zone de plat avec une herbe bien grasse pour le bivouac. Un bivouac sous les arbres qui viennent chatouiller les nuages install\u00e9s tr\u00e8s bas et qui nous donnent l’impression d’\u00eatres seuls au monde dans notre petite bulle si paisible.<\/p>\n<\/a>Ce n’est que vers 14h que nous d\u00e9collons de Daocheng. Les v\u00eatements sont tous propres et les sacoches d\u00e9bordent de vivres. La ville est toute petite et nous en sommes tr\u00e8s vite sortis. Tout autour les montagnes sont pel\u00e9es, peu de v\u00e9g\u00e9tation n’appara\u00eet et seul un petit filet d’eau traverse la plaine aride. Les villages qui jalonnent la route sont faits de cette architecture tib\u00e9taine si reconnaissable. De grosses maisons imposantes aux murs de pierre \u00e9pais en l\u00e9ger trap\u00e8ze perc\u00e9s de fen\u00eatres de bois sculpt\u00e9es et souvent peintes comme les poutres massives qui composent la charpente. Des stupas et autres gompas viennent finir ces tableaux \u00f4 combien classiques dans des tons blancs, rouges et jaunes. Si les maisons sont si grandes c’est qu’elle servent en fait de fermes. Sur le toit plat, le bl\u00e9 s\u00e8che au soleil, au rez de chauss\u00e9e c’est l’\u00e9table qui si\u00e8ge et la famille occupe l’\u00e9tage. Un seul b\u00e2timent pour couvrir tous les besoins de nos gros corps de ferme.<\/p>\n
<\/a>Les hommes et les femmes de ces hauts plateaux ont des peaux tr\u00e8s tann\u00e9es avec des pommettes rouges us\u00e9es par les \u00e9l\u00e9ments. Leurs yeux tr\u00e8s brid\u00e9s se ferment encore plus lorsqu’ils nous lancent de grands sourires. La route monte doucement en longeant une rivi\u00e8re aux eaux opaques couleur caf\u00e9 au lait et nous m\u00e8ne vers le monast\u00e8re de Xiongdeng qui fait partie de la dizaine de monast\u00e8res tib\u00e9tains de la r\u00e9gion. Pos\u00e9 sous une falaise de roche grise il contraste de mani\u00e8re \u00e9blouissante avec ses murs blancs et ses toits rouges. Nous nous accordons une pause pour lui rendre une visite de courtoisie. Nous avons rat\u00e9s tous les autres et aimerions bien en voir au moins un. Il est entour\u00e9 d’un mur d’enceinte garni de moulins \u00e0 pri\u00e8re. Comme \u00e0 l’accoutum\u00e9e, la plupart des boiseries sont d\u00e9cor\u00e9es. \u00c0 l’int\u00e9rieur il faut traverser une grande cour vide pour atteindre le temple principal.<\/p>\n
<\/a><\/p>\nUne dure journ\u00e9e<\/h3>\n
100km, +350m, -900m<\/h4>\n
<\/a>La pluie est tomb\u00e9e jusque tard dans la nuit, mais heureusement la matin\u00e9e est s\u00e8che. La temp\u00e9rature est assez cl\u00e9mente aussi ce qui est plut\u00f4t une bonne surprise. M\u00eame pas besoin des gants ce matin. Nous redescendons de notre perchoir et reprenons la mont\u00e9e que la pluie avait interrompue. Le col n’\u00e9tait plus si loin que \u00e7a finalement. Sur la route nous croisons quelques personnages intriguant.<\/p>\n
<\/a>Nous croisons le second un peu plus loin. Accompagn\u00e9 d’un petit chien, un homme v\u00eatu d’un lourd tablier blanc et portant sur ses mains des sortes de sabots de bois, marche d’un pas d\u00e9cid\u00e9 tout en s’allongeant de tout son long sur la route tous les vingt m\u00e8tres environ. Il est seul et effectue un p\u00e8lerinage tib\u00e9tain qu’il a d\u00e9marr\u00e9 \u00e0 Lhasa, soit pas loin de 1000km de l\u00e0. Nous sommes impressionn\u00e9s. Il ne porte pas de sac et nous nous demandons bien comment il se d\u00e9brouille pour ses repas. L’hospitalit\u00e9 tib\u00e9taine sans doute ?<\/p>\n
<\/a>Alors que nous entrons dans un village, un homme se l\u00e8ve de sa chaise d’un bond \u00e0 notre passage. “Stop ! Je suis la police, contr\u00f4le de passeport”, nous dit-il dans un chinglish approximatif. Le fier repr\u00e9sentant de l’ordre arbore une casquette am\u00e9ricaine de travers, des chaussures non lac\u00e9es, une chemise mal boutonn\u00e9e qui d\u00e9passe en partie de son pantalon trop large et parait plus comme un jeune banlieusard d\u00e9s\u0153uvr\u00e9 qu’un agent de police. Devant nos doute il r\u00e9it\u00e8re ses ordres sur un ton ferme. Nous lui tendons les documents qu’il inspecte rapidement avant de nous les rendre avec un sourire. “Bonne route !” On nous avait pr\u00e9dit des contr\u00f4les de police \u00e0 l’approche du Tibet et nous voil\u00e0 servis.<\/p>\n
<\/a>La route se remet \u00e0 grimper doucement, avec toujours ce maudit vent de face et de temps en temps quelques gouttes pour rajouter au plaisir. Dans une descente, L\u00e6titia cr\u00e8ve. Bien entendu, c’est aussi le moment que choisi la pluie pour d\u00e9barquer. La r\u00e9paration est vite faite et nous poursuivons. Quelques kilom\u00e8tres plus loin, c’est en mont\u00e9e que S\u00e9bastien constate une nouvelle fuite sur sa roue avant. Encore une fois la r\u00e9paration se fait sous la pluie. Nous passons un dernier col et apercevons enfin Litang au loin. Pas f\u00e2ch\u00e9s d’arriver. En plus de gros nuages menacent et la temp\u00e9rature a chut\u00e9 depuis quelques instants.<\/p>\n
<\/a>Nous arrivons finalement \u00e0 Litang sous une pluie frigorifiante et apr\u00e8s un faux-plat interminable. La ville n’est pas tr\u00e8s engageante. Quelques restaurants crasseux et des h\u00f4tels miteux nous proposent tous leurs tarifs prohibitifs et nous finissons dans le moins pire de tous qui n’est d\u00e9j\u00e0 pas terrible. Nous y rencontrons un voyageur franco bulgare sympathique et zen qui est coinc\u00e9 dans les parages pour tenter de r\u00e9cup\u00e9rer son appareil photo oubli\u00e9 dans un taxi. Il nous d\u00e9crit avec humour et r\u00e9signation ses s\u00e9ances de n\u00e9gociations avec ce qu’il appelle “la mafia tib\u00e9taine” qu’il compare \u00e0 des tsiganes dans leur fa\u00e7on de lui donner des rendez-vous louches avec des gens qui n’ont bien \u00e9videmment pas son appareil mais qui peuvent lui d\u00e9bloquer la situation moyennant finance …<\/p>\n
Trek de Gonga Shan<\/h3>\n
J1 – l’entr\u00e9e en mati\u00e8re<\/h4>\n
<\/a>Le ciel est couvert ce matin encore, mais il ne pleut pas. Mieux encore il fait tr\u00e8s lumineux et les nuages sont un peu plus haut que les jours pr\u00e9c\u00e9dents. Des conditions suffisantes pour nous inciter \u00e0 partir en montagne. Depuis 3 jours que nous lorgnions les sommets il ne nous en faut pas plus. Nous passons d’abord au PSB r\u00e9cup\u00e9rer nos visas tous neufs, faisons rapidement le plein de vivres et nous voil\u00e0 en route.<\/p>\n
<\/a>Un wok est fr\u00e9missant sur les flammes avec un m\u00e9lange de pommes de terre et de poivrons avec bien entendu la marmite de riz indispensable. On nous fait un peu de place pour notre casserole. Alors que notre eau tarde \u00e0 bouillir \u00e0 cette altitude, la jeune femme nous tend d\u00e9j\u00e0 un bol de riz et des baguettes et nous fait signe de nous servir dans le wok. Nous n’avons pas le temps d’arriver \u00e0 la moiti\u00e9 de nos bols de riz qu’ils sont d\u00e9j\u00e0 remplis par la ma\u00eetresse de maison. Quelle gentillesse ! Nous avons d\u00e9barqu\u00e9 sans crier gare et nous voil\u00e0 imm\u00e9diatement invit\u00e9s \u00e0 manger. Au risque de vexer la cuisini\u00e8re nous finissons par poser les baguettes alors que nos ventres sont tendus comme des peaux de tambour. \u00c0 d\u00e9faut de pouvoir parler tib\u00e9tain ou chinois, L\u00e6titia sort sa plus belle plume et dessine quelques sch\u00e9mas sur notre cahier. Nous apprenons qu’ils ont deux filles qui passent la semaine \u00e0 Kangding, que leurs parents vivent \u00e0 Laoyulin et qu’eux m\u00eame retournent sur Kangding pendant les rudes mois d’hiver.Apr\u00e8s une bonne tasse de th\u00e9, nous prenons cong\u00e9s de ces deux charmantes personnes et filons nous allonger dans la tente tout impressionn\u00e9s d’une telle hospitalit\u00e9.<\/p>\n
J2 – le passage du col<\/h4>\n
<\/a>C’est sous un ciel bleu que nous sortons de la tente ce matin. Nous voyons enfin les sommets qui nous entourent et ils sont impressionnants avec leur coiffe de glace. Alors que nous avons fini de replier la tente, nous sommes \u00e0 nouveau invit\u00e9s \u00e0 prendre le petit d\u00e9jeuner aupr\u00e8s du po\u00eale. Pendant que nous sommes occup\u00e9s \u00e0 cuisiner, tous les gens qui habitent dans les tentes d’\u00e0 c\u00f4t\u00e9 passent pour faire un brin de causette. Ils s’en vont \u00e0 la recherche des champignons qui ont pouss\u00e9 dans le corps des vers et qui sont tr\u00e8s pris\u00e9s pour la m\u00e9decine locale. Chaque pi\u00e8ce se vend \u00e0 bon prix et les gens passent des heures \u00e0 arpenter la montagne \u00e0 leur recherche.<\/p>\n
<\/a>Apr\u00e8s avoir pass\u00e9 3 jours \u00e0 2600m, il semblerait que notre acclimatation soit d\u00e9j\u00e0 un peu dissip\u00e9e. Avec ces nuages hauts dans le ciel, nous b\u00e9n\u00e9ficions d’une belle vue de part et d’autre. C’est assez \u00e9tonnant, les deux vall\u00e9es partent pratiquement dans le m\u00eame alignement. Heureusement que la m\u00e9t\u00e9o est de la partie. Il ne nous aurait pas \u00e9t\u00e9 possible de trouver le col dans la pur\u00e9e de pois d’hier. Nous commen\u00e7ons \u00e0 redescendre quand un gros nuage se met \u00e0 monter de la vall\u00e9e. tout de suite la temp\u00e9rature chute, quelques gouttes pr\u00e9cipitent et nous craignons que la chance ait tourn\u00e9e. Mais il passe comme il est venu et nous poursuivons tranquillement. Contrairement au premier jour, nous voyons quelques b\u00e2timents en pierre de ce c\u00f4t\u00e9-ci. Et pourtant il semble y avoir moins de monde.<\/p>\n
<\/a>Les nombreuses traces de sabots et de pas qui sont imprim\u00e9s dans la boue nous indiquent qu’il y a sans doute du monde devant nous. Nous avons m\u00eame une preuve suppl\u00e9mentaire lorsque nous tombons coup sur coup sur une casquette toute neuve et quelques biscuits en bord de chemin. Des biscuits au chocolat ! Par soucis \u00e9cologique bien s\u00fbr, nous ne laissons pas tra\u00eener tout \u00e7a et les mettons dans la poche. Nos soup\u00e7ons sont confirm\u00e9s quelques instants plus tard lorsque nous retrouvons le propri\u00e9taire de la casquette qui est bien content qu’on la lui rende. Deux groupes sont en ballade, un groupe de chinois et un autre de cor\u00e9ens, accompagn\u00e9s tous deux de leur \u00e9quipage de chevaux et des guides. Pour avoir un peu d’intimit\u00e9 nous montons sur les hauteurs pour trouver notre zone de bivouac. Il y a peu de plat et pas une goutte d’eau. Nous finissons par nous \u00e9tablir entre deux gros cairn en m\u00eame temps qu’arrive la nuit et la pluie.<\/p>\n
J3 – Gonga Si<\/h4>\n
<\/a>Les quelques perc\u00e9es que nous avions eu dans les nuages hier soir nous laissaient deviner un beau sommet au dessus de nos t\u00eates. Mais l’\u00e9pais brouillard de ce matin d\u00e9monte nos espoirs de petit d\u00e9jeuner avec vue. Nous redescendons et mettons le cap vers le temple de Gonga. Le chemin commence par descendre gentiment vers le fond de la vall\u00e9e. Nous recroisons les groupes de chinois et de cor\u00e9ens qui se sont dispers\u00e9s pour aller chacun \u00e0 son rythme. \u00c0 l’entr\u00e9e dans la for\u00eat, le relief se met \u00e0 onduler de plus en plus. \u00c0 chaque passage de cours d’eau nous redescendons quelques m\u00e8tres qu’il faut remonter derri\u00e8re. Dans cette for\u00eat dense us n’avons plus de visibilit\u00e9 ce qui accentue sans doute le sentiment de longueur. Au bout de quelques heures nous d\u00e9bouchons finalement sur le fameux temple de Gonga pos\u00e9 au pied de l’imposante Gonga Shan qui culmine \u00e0 plus de 7000m. Le temple est connu pour sa vue imprenable sur le glacier, mais les nuages n’ont pas d\u00e9cid\u00e9s de se lever et nous repartons un peu frustr\u00e9s d’avoir manqu\u00e9 le spectacle. Nous passons au village de Zimei. De l\u00e0, il est possible de trouver une voiture pour retourner \u00e0 Kangding mais nous ne sommes pas pr\u00eats \u00e0 sortir les 800 yuans n\u00e9cessaires. Nous nous enfon\u00e7ons donc toujours plus dans la vall\u00e9e en direction de Tsako d’o\u00f9 nous pourrons rejoindre une route plus passante.<\/p>\n
J4 – le retour en ville<\/h4>\n