Nous profitons d’une journ\u00e9e de repos et d’une m\u00e9t\u00e9o agr\u00e9able pour aller visiter le parc de la Terre de Feu. Nous avons laisser nos v\u00e9los \u00e0 Punta Arenas pour venir en bus. Mais ils nous manquent tellement que nous en louons pour visiter le parc. Le parc est mignon et paisible. Il offre quelques promenades dont la plus sympathique est celle qui arrive au phare. On peut y observer tout un tas d’animaux dont certains se sont un peu trop habitu\u00e9s \u00e0 la pr\u00e9sence de l’Homme, comme ces faucons qui ont perdu \u00e0 nos yeux un peu de leur superbe en venant qu\u00e9mander des bouts de nos sandwichs. Par contre, nous restons un bon moment devant un h\u00e9ron perch\u00e9 au dessus d’un marais et surtout notre premier barrage de castor.<\/p>\n A la tomb\u00e9e de la nuit, les hauteurs de notre piste de ski nous offrent un magnifique panorama sur la ville qui s’\u00e9claire au fur et \u00e0 mesure que le canal de Beagle s’assombrit.<\/p>\n La pluie fait sa premi\u00e8re apparition au moment o\u00f9 nous plantons nos tentes, nous bouchant la vue pourtant belle et nous obligeant \u00e0 manger chacun de notre c\u00f4t\u00e9 sous nos abris.<\/p>\n En contre bas, dans la vall\u00e9e suivante, de larges pans de for\u00eats gisent par terre, nous rappelant les grands incendies de la Carretera Australe. Mais alors que nous approchons, nous comprenons l’origine de ces saccages. Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, des couples de castors ont \u00e9t\u00e9 introduits sur l’\u00eele pour leurs fourrure. Mais la petite exp\u00e9rimentation \u00e0 \u00e9chapp\u00e9e \u00e0 tout contr\u00f4le et sans pr\u00e9dateurs, les castors se sont multipli\u00e9s, remodelant l’\u00eele en ajoutant quelques lagunes avec leurs barrages. Nous restons quelques instant au pied de l’un des ces barrages. Il faut bien avouer que ces petits animaux sont de remarquables architectes. <\/p>\n Le chemin se poursuit en passant un nombre incalculable de lagunes, dont une bonne partie semble \u00eatre l\u2019\u0153uvre de nos rongeurs. De toutes les randonn\u00e9es que nous avons pu faire, celle-ci est de tr\u00e8s loin celle qui comporte le plus de lacs. Combin\u00e9s avec des vues r\u00e9guli\u00e8res sur les \u00eeles du Cap Horn o\u00f9 sur le canal de Beagle, les vues sont superbes et nous font r\u00e9guli\u00e8rement nous arr\u00eater pour contempler. <\/p>\n Nous poussons jusqu’\u00e0 la Laguna Hermosa pour poser notre campement. Les berges du lac sont couvertes d’arbres abattus et nous ne tardons pas \u00e0 voir dans l’eau le responsable de ce chantier. Un castor nage, un peu perturb\u00e9 par notre pr\u00e9sence et celle de la chienne. Il plonge r\u00e9guli\u00e8rement sous l’eau en faisant claquer bruyamment sa queue \u00e0 la surface. Le ciel est clair, mais le fond de l’air est frais et nous profitons de tout le bois qu’il nous a gentiment pr\u00e9d\u00e9coup\u00e9 pour faire un feu autour duquel chacun se r\u00e9chauffe. Il r\u00e8gne comme une petite ambiance de boy scout et nous discutons \u00e0 la lueur de la lune en regardant le feu s’\u00e9teindre. Il est 23h30 et le soleil vient tout juste de dispara\u00eetre derri\u00e8re l’horizon. Nous ne profiterons pas de son lever qui aura lieu 4h plus tard !<\/p>\n Apr\u00e8s cette derni\u00e8re partie un peu sportive, nous nous accordons une petite pause biscuits en observant le bal des canards et des oies sauvages. D’ici il nous reste 6km de marche le long de la c\u00f4te pour rejoindre Puerto Williams. Lorsque nous nous mettons en route, une camionnette s’arr\u00eate \u00e0 notre hauteur et propose de nous emmener, ce que nous acceptons volontiers. Nous laissons alors Chantal derri\u00e8re nous \u00e0 contre c\u0153ur et Laetitia s’\u00e9meut de la voir courir derri\u00e8re nous pendant 4 kilom\u00e8tres alors qu’elle n’a pas manger beaucoup depuis le d\u00e9part du trek. <\/p>\n Une fois arriv\u00e9 en ville, nous nous impr\u00e9gnons une derni\u00e8re fois de l’ambiance qu’il y r\u00e8gne en passant par la route du bas longeant le port et le cimeti\u00e8re \u00e0 bateaux avant de retourner sur le d\u00e9marrage du trek pour y poser la tente.<\/p>\n Nous prenons plaisir \u00e0 voir tous ces animaux de pr\u00e8s. Les lions de mers sont les plus impressionnants. Ils sont entass\u00e9s en grappe sur leur cailloux, tous plus avachis les uns que les autres. De temps en temps, des m\u00e2les se chamaillent au milieu des groupes de femelles placides. Sur le retour au port, nous sommes accueillis par une beaux rideau de pluie et nous d\u00e9cidons de partir nous r\u00e9fugier dans un restaurant o\u00f9 s\u00e9vit un chef fran\u00e7ais dont nous avions d\u00e9j\u00e0 go\u00fbt\u00e9 les p\u00e2tisseries. S\u00e9bastien se r\u00e9gale d’un plat de lapin aux champignons et Laetitia se r\u00e9chauffe d’une soupe \u00e0 l’oignon, le tout accompagn\u00e9 d’une bonne baguette \u00e0 la fran\u00e7aise. Un petit retour aux sources dans ce coin o\u00f9 de toute fa\u00e7on la nourriture typique n’est pas si exotique que \u00e7a.<\/p>\n<\/a>Ushua\u00efa, ce nom r\u00e9sonne dans la t\u00eate de tous les voyageurs et rempli leurs r\u00eaveries de paysages sauvages et d’id\u00e9es d’aventures. Mais alors que nous d\u00e9ambulons dans les rues de la ville nous sommes bien oblig\u00e9s de constater que notre terre promise est devenu un Disney-land du bout du monde. Apr\u00e8s nos errances patagonnes, tout ce tintouin sur la fin du monde, la bi\u00e8re “del fin del mundo”, le chocolat “del fin del mundo”, nous paraissent un peu surfaits. La ville manque cruellement d’authenticit\u00e9. Nous allons \u00e9tablir nos quartiers au camping El Andino situ\u00e9 un peu \u00e0 l’\u00e9cart de toute cette effervescence au pied de la piste de ski. Dans cette ville portuaire et a\u00e9roportuaire d\u00e9barquent quotidiennement des hordes de touristes qui viennent visiter la Patagonie ou qui partent ensuite en croisi\u00e8re vers l’Antarctique. Dans le port, attendent d’\u00e9normes paquebots resplendissants qui s’appr\u00eatent \u00e0 affronter le mythique passage de Drake.<\/p>\n
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Retour au chili<\/h3>\n
<\/a>Nous prenons une petite embarcation en direction de l’Isla Navarino, derni\u00e8re terre habit\u00e9e avant le Cap Horn. Le canal de Beagle est particuli\u00e8rement calme aujourd’hui et la travers\u00e9e se fait sans encombre jusqu’\u00e0 Puerto Navarino, un petit poste douanier o\u00f9 nous attend un bus pour rallier Puerto Williams \u00e0 50 kilom\u00e8tres de l\u00e0. Puerto Williams, la voil\u00e0 notre ville du bout du monde ! Ici pas d’h\u00f4tel de luxe mais des petites bicoques o\u00f9 nous n’oserions pas passer l’hiver, un petit port o\u00f9 sont ancr\u00e9s des voiliers arborant tous type de pavillons. La ville vit des militaires en poste et de la petite conserverie de fruits de mer. Pas de boutique de souvenirs ici, uniquement l’essentiel. Nous y faisons le plein de fruits et de l\u00e9gumes avant de partir sur le Circuit des Dientes de Navarino. Le trek est annonc\u00e9 en 5 jours. Nous avons 2 jour et demi et nous partons confiants.<\/p>\n
<\/a>Au d\u00e9marrage du trek, nous sommes rattrap\u00e9s par un chien qui nous a suivi depuis la ville ainsi que par un couple d’allemands, Michael et Andrea, avec qui nous avons fait la travers\u00e9e et qui sont eux aussi suivi par un chien. Nous d\u00e9marrons dans le bois en suivant les indications du Lonely Planet qui nous emm\u00e8ne sur un chemin \u00e0 la chilienne qui monte droit dans la pente vers le Cerro Bandera o\u00f9 nous avons un beau point de vue sur le canal de Beagle et la ville de Puerto Williams. Nous partons ensuite \u00e0 flanc de colline en direction de la Laguna Del Salto en profitant d’une belle vue sur les montagnes escarp\u00e9es que forment les Dientes de Navarino ainsi que sur le canal de Beagle. Le chemin est peu pratiqu\u00e9, donc peu marqu\u00e9 et les balises se font rares. D\u00e8s que les discussions se font trop vives, nous perdons la trace et nous comprenons vite qu’il faudra rester attentifs.<\/p>\n
Au c\u0153ur des Dientes<\/h3>\n
<\/a>Ayant moins de temps que Michael et Andrea pour finir le trek, nous les quittons d\u00e8s le matin. Depuis le lac, il faut monter un petit col en direction de la Laguna Del Paso. La v\u00e9g\u00e9tation se fait de plus en plus rare \u00e0 mesure que nous approchons du col, mais nous offre tout de m\u00eame de beaux sp\u00e9cimens que nous n’avions encore jamais vu. Vers 800m d’altitude nous rencontrons des premiers n\u00e9v\u00e9s qui nous font une pause agr\u00e9able au milieu des pierriers. De l\u00e0 haut, par cette m\u00e9t\u00e9o claire nous pouvons m\u00eame apercevoir au loin le chapel\u00e9 d’\u00eeles brumeuses qui forment le cap Horn. <\/p>\n
<\/a>Alors que nous faisons notre pause d\u00e9jeuner sur un petit promontoire rocheux au soleil, nous sommes rejoins par les allemands. Laetitia est impressionn\u00e9e de voir Michael, une montagne de muscle d\u00e9passant 1,90m et portant un sac \u00e0 dos \u00e9norme, se contenter de quelques crackers avec du fromage, pendant que S\u00e9bastien, 1,75m et 65 kilos tout mouill\u00e9 s’enfile de gros sandwichs. Quand nous sortons la tablette de chocolat pour le dessert, notre g\u00e9ant craque tout de m\u00eame pour quelques carr\u00e9s.<\/p>\n
<\/a><\/p>\nLa redescente vers la ville<\/h3>\n
<\/a>Une grosse journ\u00e9e nous attend aujourd’hui. Il nous faut imp\u00e9rativement retourner \u00e0 Puerto Williams ce soir si nous voulons avoir le bateau de retour demain matin. Nos amis allemands ont encore une journ\u00e9e devant eux et d\u00e9cident de rester un peu profiter du calme de la Laguna Hermosa. La chienne, baptis\u00e9e Chantal par Michael, d\u00e9cide de poursuivre avec nous. Le chemin commence par descendre une superbe vall\u00e9e en nous faisant r\u00e9guli\u00e8rement monter des petits promontoires rocheux qui nous offrent alors de belles vues. Nous passons la Laguna Martillo o\u00f9 le chemin se perd une nouvelle fois au milieu des arbres morts et des mar\u00e9cages, puis nous filons vers le Paso Virginia, dernier col du trek, qu’il nous faut escalader \u00e0 moiti\u00e9. En montant nous retrouvons ces plantes \u00e9tranges qui vivent au milieux des cailloux ainsi que des n\u00e9v\u00e9s. Le col culmine \u00e0 859m et nous offre un dernier panorama sur l’\u00eele, sur Ushua\u00efa au loin et sur le canal de Beagle entre deux. Au dessus de nos t\u00eates, le soleil peine \u00e0 nous r\u00e9chauffer par ce vent fort et tout autour de nous, de gros nuages gris d\u00e9versent de belles averses qui semblent nous venir droit dessus. Il nous faut descendre une belle pente raide qui aboutit au pied d’un lac d’un bleu profond qui g\u00eet au fond d’une cuvette.<\/p>\n
<\/a>Apr\u00e8s avoir rapidement rafra\u00eechit nos pieds dans l’eau glac\u00e9e du lac, nous reprenons le chemin qui s’enfonce dans les sous bois le long d’un torrent. Les balises se font encore plus rares et nous cherchons beaucoup notre chemin. Les quelques traces de nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs nous montrent que nous ne sommes pas les seuls \u00e0 nous \u00e9garer dans ce labyrinthe d’arbres couch\u00e9s et de for\u00eat dense. Les traces montent et descendent dans la pente, passent sous les troncs en qu\u00eate d’une marque quelconque, en vain. La fin du chemin n’est d\u00e9crite qu’en cap \u00e0 suivre et sans boussole nous en revenons au syst\u00e8me D, comme descente. Nous finirons bien par retrouver la c\u00f4te ! A un moment, une \u00e9claircie dans les arbres nous laisse apercevoir au loin la Bahia Virginia. Cette baie avec sa courbe parfaite et le bateau qui y mouille ressemble \u00e0 un tableau et surtout marque le retour \u00e0 la route. Il ne nous reste plus qu’\u00e0 traverser un champ \u00e0 vaches et nous y sommes enfin. <\/p>\n
<\/a><\/p>\nRetour au “Bout du Monde”<\/h3>\n
<\/a>Apr\u00e8s une nuit courte nous reprenons le chemin de la ville et arrivons de justesse au bus. S\u00e9bastien \u00e0 un peu de mal \u00e0 marcher ce matin \u00e0 cause d’une petite douleur \u00e0 la vo\u00fbte plantaire. Apr\u00e8s ces quatre mois en Am\u00e9rique latine, nos chaussures commencent \u00e0 montrer de gros signes de fatigue. La m\u00e9t\u00e9o est encore plus belle que les jours pr\u00e9c\u00e9dents et la travers\u00e9e se fait sur un canal plat, pratiquement une mer d’huile. Nous essayons de faire quelques bricoles en ville, mais nous avons d\u00fb oubli\u00e9 qu’ici c’est l’Argentine et qu’il faut pr\u00e9voir du temps. Nous repartons bredouilles vers le port pour trouver un bateau qui nous emm\u00e8nera sur la classique ballade vers les colonies d’\u00e9l\u00e9phants de mer et de cormorans.<\/p>\n
<\/a>La ballade se poursuit vers le fameux phare des \u00c9claireurs et l’\u00eele aux oiseaux o\u00f9 nichent de nombreux cormorans et autres sternes pour finir par une petite ballade \u00e0 pied sur un \u00eelot qui gardent de l\u00e9g\u00e8res traces des populations Yamana qui ont aujourd’hui disparues. Ces indig\u00e8nes vivaient nus alors que nous sommes tous couverts de la t\u00eate au pied. Ils enduisaient leur corps de graisse de lions de mer qui les prot\u00e9geait du vent et de la pluie.<\/p>\n
Dur r\u00e9veil<\/h3>\n
<\/a>La pluie n’a pas cess\u00e9e de la nuit et nous nous r\u00e9veillons de bonne heure dans une tente d\u00e9tremp\u00e9e o\u00f9 tout est mouill\u00e9. Nous prenons ce matin le bus qui nous ram\u00e8ne \u00e0 Punta Arenas et sommes bien oblig\u00e9s de replier les affaires en l’\u00e9tat dans nos sacs. Nous arrivons de nouveau \u00e0 Punta Arenas o\u00f9 nous avons le plaisir de retrouver notre cam\u00e9ra r\u00e9par\u00e9e et Paul, le cycliste am\u00e9ricain que nous avions crois\u00e9 \u00e0 El Chalten. Nous allons avec lui r\u00e9cup\u00e9rer la voiture que nous avons r\u00e9serv\u00e9e pour aller visiter une colonie de Pingouin \u00e0 60 kilom\u00e8tres de la ville. A notre arriv\u00e9e nous avons l’agr\u00e9able surprise de recevoir les clefs d’un 4×4 spacieux au lieu du petit mod\u00e8le que nous souhaitions. Nous en appr\u00e9cions la conduite, surtout sur les 30 kilom\u00e8tres de ripio qui m\u00e8ne aux pingouins.<\/p>\n