Ces deux am\u00e9ricains sont bien loin des clich\u00e9s habituels et nous \u00e9patent \u00e0 faire cuire leurs lentilles, saucisses et brocoli forts app\u00e9tissants. Ils nous disent leur grand \u00e9tonnement de voir tous ces fran\u00e7ais et leurs sachets de lyophilis\u00e9s ou de crackers et sont un peu rassur\u00e9s de nous voir faire du pain et une belle salade de Apr\u00e8s avoir laiss\u00e9 la garde de nos v\u00e9los au guardaparques \u00e0 l’entr\u00e9e du parc nous filons sur le d\u00e9but du chemin pour rallier la premi\u00e8re zone de campement o\u00f9 nous arrivons par une pluie battante. Nous y rencontrons 2 anglais et un fran\u00e7ais. Ce dernier, fid\u00e8le \u00e0 l’image d\u00e9crite par nos compagnons de route d’hier, mange son sachet de nourriture lyophilis\u00e9e.<\/p>\n Pour poursuivre le trek, nous rebroussons chemin et nous lan\u00e7ons sur la branche du milieu, la Valle Franc\u00e8s. A pied de cette vall\u00e9e, le premier camping est surpeupl\u00e9. Nous poursuivons donc \u00e0 l’assaut de la belle mont\u00e9e vers le campement Britanicos, plus difficile d’acc\u00e8s et donc un peu moins fr\u00e9quent\u00e9. La mont\u00e9e se fait sur une moraine raide qui nous offre de belles vues sur les glaciers accroch\u00e9s aux parois abruptes des sommets alentours. En cette fin de journ\u00e9e, le soleil r\u00e9chauffe la glace qui laisse partir de grosses avalanches de glaces qui r\u00e9sonnent contre les parois. Il se fait 21h lorsque nous arrivons bien fatigu\u00e9s \u00e0 la zone de campement. Ici, il y a 4 tentes et nous ne sommes pas d\u00e9rang\u00e9s par les voisins qui sont d\u00e9j\u00e0 dans leur sac de couchage.<\/p>\n Sur la redescente vers le lac, 1400m plus bas, nous nous arr\u00eatons un instant pour admirer \u00e0 nouveau les avalanches de glaces qui partent du glacier Franc\u00e8s. En l’absence du vent habituel, le thermom\u00e8tre \u00e0 grimper de plusieurs degr\u00e9s et nous arrivons vite \u00e0 court de v\u00eatements \u00e0 retirer. En m\u00eame temps, quelle chance de pouvoir se promener \u00e0 Torres Del Paine par cette m\u00e9t\u00e9o sublime.<\/p>\n Le chemin se poursuit ensuite au bord du lac et il nous est impossible de passer devant sans aller y tremper les pieds un moment. L’atmosph\u00e8re paisible qui r\u00e8gne aujourd’hui nous pousse \u00e0 nous arr\u00eater souvent pour en profiter. Nous finissons tout de m\u00eame par rejoindre une zone de campement. Il est alors 18h30 et la prochaine est annonc\u00e9e \u00e0 4h de marche. Le choix est vite vu. Nous posons donc les rapidement les affaires et allons profiter d’une bonne douche chaude avant d’aller siroter un petit verre de vin rouge en regardant le soleil s’approcher doucement de l’horizon.<\/p>\n Sur le chemin, le ciel se voile et les premi\u00e8res gouttes d’eau arrivent assez vite. Si bien qu’\u00e0 notre arriv\u00e9e au point de vue, il n’y a pas de vue. Tout est bouch\u00e9 et les Torres ne se devinent m\u00eame pas. Nous patientons tout de m\u00eame en esp\u00e9rant que le vent finissent par d\u00e9gager la vue. Chacune leur tour, c’est massive tour de granit se d\u00e9voilent peu \u00e0 peu, mais jamais toutes en m\u00eame temps. Les nuages qui d\u00e9filent pourtant \u00e0 une allure impressionnante restent comme accroch\u00e9s par les sommets. Apr\u00e8s une heure et demi d’attente, nous sommes enfin furtivement r\u00e9compens\u00e9s et pouvons redescendre satisfaits vers le camping o\u00f9 la m\u00e9t\u00e9o est bien plus douce.<\/p>\n Puerto Natal\u00e8s est un petit port tranquille pos\u00e9 entre les montagnes au loin et le Pacifique qui sert entre autre de point de d\u00e9part aux visites des fjords chiliens. Il vit aussi beaucoup du tourisme g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par le parc Torres del Paine. Nous profitons de cette proximit\u00e9 avec l’oc\u00e9an pour nous faire un petit restaurant de poisson et prendre un peu de temps pour pr\u00e9parer la suite de nos aventures.<\/p>\n En plus, ce soir nous avons pr\u00e9vu un festin de rois. Riz, lentilles, saucisses, carottes, oignons et salade de fruits en dessert ! Le tout devant un coucher de soleil qui embrase le ciel. Apr\u00e8s ce repas copieux, nous passons une nuit longue et paisible dans notre h\u00f4tel aux milles \u00e9toiles.<\/p>\n<\/a>Le vent se met \u00e0 souffler tr\u00e8s t\u00f4t et de face ce matin. Sur la piste en ripio, le tandem est bien plus rapide que nous et nous le perdons assez vite de vue. Nous les rattrapons alors qu’ils se sont arr\u00eat\u00e9s pour observer une escadrille de condors en rase motte pr\u00e8s d’une carcasse de mouton. Nous qui n’avions pas vu le moindre condor au P\u00e9rou et en Bolivie, cette fois nous en prenons plein les yeux. Au red\u00e9marrage, Erin et Allen repartent tr\u00e8s vite au del\u00e0 de l’horizon. Nous bataillons sur cette piste parfois tr\u00e8s mauvaise au milieu de la pampa aride, mais r\u00e9guli\u00e8rement la nature nous offre un petit spectacle pour r\u00e9compenser nos efforts, m\u00eame si cela est parfois un peu macabre. Comme ce petit agneau qui b\u00eale aupr\u00e8s de sa m\u00e8re qui g\u00eet inanim\u00e9e pendant qu’une foule de rapaces se bataillent les visc\u00e8res.Sur ces dizaines de kms de pampas, nous aurons crois\u00e9 beaucoup de moutons et que 2 fermes. Au bout de cette piste, nous retrouvons nos amis qui ont prolong\u00e9 leur pause biscuit en nous attendant. Nous repartons donc sur une route asphalt\u00e9e cette fois en profitant de la carrure imposante d’Allen pour nous abriter du vent qui n’a d\u00e9cid\u00e9ment pas envie de se calmer. Nous cheminons en file indienne jusqu’\u00e0 20h30 quand nous passons un pont qui nous semble int\u00e9ressant pour y poser le campement du soir.<\/p>\n
\nfruits.<\/p>\n<\/a><\/p>\n
Vers le parc de Torres Del Paine<\/h3>\n
25km, +\/-100m<\/h4>\n
<\/a>Au r\u00e9veil, le vent semble avoir enfin l\u00e2ch\u00e9 du lest. Nous laissons derri\u00e8re nous Erin et Allen qui essuient \u00e0 nouveau une panne de v\u00e9lo. La fin de leur aventure transam\u00e9ricaine est de plus en plus cors\u00e9e et leur mat\u00e9riel montre de nombreux signe de fatigue. Les 10 premiers kilom\u00e8tres de descente sont vite aval\u00e9s. Mais aussit\u00f4t que nous bifurquons vers le poste fronti\u00e8re argentin, le vent se r\u00e9veil \u00e0 nouveau. L’arriv\u00e9e au Chili se gagne \u00e0 la force des mollets et nous arrivons rinc\u00e9s \u00e0 Cerro Castillo apr\u00e8s 7 kilom\u00e8tres de lutte qui nous prennent un peu plus d’une heure. Comme la temp\u00eate s’empire, nous d\u00e9cidons de prendre le bus pour finir les 60 kilom\u00e8tres qui nous s\u00e9parent du parc. La nature est plus verdoyante qu’en Argentine. En quelques kilom\u00e8tres nous retrouvons p\u00e2ture d’herbe grasse et for\u00eat dense au pied des montagnes.<\/p>\n
La Laguna Grey et la valle Franc\u00e8s<\/h3>\n
<\/a>Le vent \u00e0 souffl\u00e9 toute la nuit et n’est toujours pas d’humeur \u00e0 se coucher. A l’abri dans notre tente nous avons tout de m\u00eame plut\u00f4t bien dormi et nous attaquons cette premi\u00e8re journ\u00e9e de marche d’un pas d\u00e9cid\u00e9. Nous longeons de beaux lacs sur des sentiers fleuris pour arriver au bout du Lago Grey d’o\u00f9 part la premi\u00e8re branche du “W”, le circuit de trek le plus connu du parc. On nous avait conseill\u00e9 de faire le trek dans ce sens l\u00e0 car il offre plus de vue sur les montagnes. Le chemin d\u00e9marre dans une vall\u00e9e encaiss\u00e9e qui nous prot\u00e8ge du vent jusqu’au mirador du glacier. Le point de vue est superbe. Nous restons toujours impressionn\u00e9s devant les glaciers du Chili. Celui-ci ne d\u00e9m\u00e9rite pas. Il finit sur un groupe d’\u00eelots qui le s\u00e9parent en 3 ou 4 branches crevass\u00e9es. Le vent qui souffle sur ce mirador nous emp\u00eache de tenir debout. Nous nous allongeons sur le rocher pour pouvoir admirer la glace azure encore un peu.<\/p>\n
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En marche vers la 3e branche du W<\/h3>\n
<\/a>Comme nous l’avait annonc\u00e9 les pr\u00e9visions m\u00e9t\u00e9o, pas un souffle de vent ce matin. Nous en profitons alors pour aller observer les montagnes d’un peu plus pr\u00e8s. Apr\u00e8s \u00eatre vite arriv\u00e9s au mirador du cirque . Tout autour du cirque, de grandes tours de roche dites les Torres s’\u00e9lancent, verticales vers le ciel. Nous poursuivons l’ascension en direction d’un col qui semble atteignable. La fin de la mont\u00e9e se fait dans la neige et nous arrivons bient\u00f4t vers 1600m d’altitude pour profiter d’une vue splendide sur les Torres, ces pics abruptes qui font la renomm\u00e9e du parc. Pas une plante ne peut pousser sur leur flanc et les glaciers eux m\u00eames ont bien du mal \u00e0 s’y ancrer. Autour de nous au loin, des chutes de roches ou de glace viennent parfois briser le silence. Nous restons un bon moment \u00e0 contempler ce spectacle avant de redescendre dans les grandes coul\u00e9es de neige qui nous portent un peu moins bien qu’\u00e0 l’aller.<\/p>\n
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Las Torres<\/h3>\n
<\/a>D\u00e8s le r\u00e9veil, la vue sur le lac ensoleill\u00e9 nous remplit d’\u00e9nergie. Nous partons d’un pas l\u00e9ger en manches courtes sur les sentiers toujours aussi fleuris. Malheureusement assez rapidement le paysage s’ass\u00e8che. Nous arrivons dans une zone o\u00f9 une ancienne estancia fait encore p\u00e2turer des animaux et le terrain en est du coup bien appauvri. Apr\u00e8s avoir pos\u00e9 les affaires au camping, nous repartons le dos l\u00e9ger vers la 3\u00e8 branche du W qui m\u00e8ne apr\u00e8s une bonne grimpette au mirador des fameuses Torres.<\/p>\n
A travers le parc en v\u00e9lo<\/h3>\n
65km, +1350m, -1200m<\/h4>\n
<\/a> replions rapidement la tente et prenons le chemin de l’entr\u00e9e du parc pour retrouver nos v\u00e9los. La m\u00e9t\u00e9o n’est pas terrible ce matin. Les montagnes sont compl\u00e8tement dans les nuages et nous recevons m\u00eame quelques gouttes en chemin. La route qui traverse le parc est particuli\u00e8rement vallonn\u00e9e et le vent de face ne nous aide pas \u00e0 franchir les petits raidillons secs qui jalonnent le parcours. Nous sommes observ\u00e9s comme des b\u00eates curieuses par des centaines de guanacos qui h\u00e9sitent entre la fuite et la curiosit\u00e9. Nous nous arr\u00eatons r\u00e9guli\u00e8rement pour observer les montagnes et les lacs qui se d\u00e9gagent furtivement le temps de petites \u00e9claircies. Au passage des lagunas Mellizas nous sommes arros\u00e9s par des bourrasques de vent qui emportent avec elles les embruns des vaguelettes qu’elles sculptent sur ces lacs si petits. Pas facile de s’habiller aujourd’hui. Sous le vent nous sommes frigorifi\u00e9s et dans les quelques passages abrit\u00e9s, nous n’en pouvons plus dans nos vestes coupe-vent. Nous atteignons enfin la sortie du parc en soir\u00e9e alors que le vent se calme enfin un peu. La route se poursuit sur un ripio heureusement peu fr\u00e9quent\u00e9 et nous finissons pas d\u00e9busquer un petit coin tranquille au bord de l’immense lac XXX pour poser la tente. Nous finissons ext\u00e9nu\u00e9s par cette journ\u00e9e de v\u00e9lo o\u00f9 nous n’avons fait pourtant que 60 km.<\/p>\n
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Puerto Natal\u00e8s<\/h3>\n
60km, +600, -750m<\/h4>\n
<\/a>La route se poursuit comme nous l’avons quitt\u00e9e la veille jusqu’\u00e0 l’intersection avec la route principale, asphalt\u00e9e. L\u00e0 nous y croisons un autre couple de cyclistes gaulois qui remonte vers l’Alaska. Les pauvres luttent depuis 3 semaines d\u00e9j\u00e0 face \u00e0 un vent qui ne leur laisse que peu de r\u00e9pit et ils nous voient repartir \u00e0 toute allure avec ce m\u00eame vent qui nous poussent all\u00e8grement vers notre destination.<\/p>\n
En route pour Punta Arenas<\/h3>\n
125km, +-800m<\/h4>\n
<\/a>Comme \u00e0 notre habitude, nous repartons un peu fatigu\u00e9 apr\u00e8s un passage en ville o\u00f9 nous avons encore oubli\u00e9 de dormir. Nous avons 250 km devant nous et nous manquons un peu d’entrain pour les d\u00e9marrer. Il faut dire que ce sont les derniers kilom\u00e8tres de v\u00e9lo que nous p\u00e9dalons en Am\u00e9rique latine et nous ressentons comme une pointe de nostalgie. La route passe \u00e0 travers une pampa immense, plus verte que celle que nous avions trouv\u00e9e en Argentine. Quelques arbres ont su r\u00e9sister aux incendies, mais seuls face aux vents violents de la r\u00e9gion, ils ont pouss\u00e9 de travers, donnant une atmosph\u00e8re \u00e9trange. Nous apercevons dans les prairies des hordes de moutons couverts d’une laine \u00e9paisse et quelques rh\u00e9as, cousines des autruches, qui rameutent leur rejetons en gonflant leur ailes \u00e0 notre passage. Au passage de Moro Chico, nous nous chez les carabinieros pour refaire le plein d’eau. A la vue de l’heure avanc\u00e9e, ils nous proposent une chambre pour dormir. Malgr\u00e9 leur insistance bienveillante, nous avons envie de poursuivre un peu et de poser notre dernier bivouac dans cette pampa sauvage.<\/p>\n