12Avr/12Off

Le Vietnam, aussitôt venus, aussitôt repartis

Le jour le plus long

Paysages vietnamiensLe Vietnam est un très beau pays. C'est indéniable. C'est même le plus beau pays d'Asie que nous ayons traversé pour l'instant. De très très loin. Ses rizières, ses petits monts de karst et les villages sont d'un charme absolu. L'absence de culture sur brûlis permet de profiter pleinement d'une nature verdoyante et s'il y a de la brume, elle n'est due qu'à l'humidité de l'air. Côté cuisine, le moindre marché ou la moindre carte de restaurant est déjà un poème pour le gourmand que je suis. Mais pour le voyageur, le Vietnam a cependant un gros défaut. Voici le détail d'une journée de pédalage, la troisième journée que nous avons passée dans le pays en fait.

Tam CocPas besoin de réveil ce matin. Une personne âgée et très certainement vénérable est décédée hier et les tambours tonitruants démarrent leur veillée funèbre à partir de 5h. Nous ne remettons bien entendu pas en question les coutumes d'un pays qui n'est pas le nôtre. Le concert de casseroles qui est joué nous aide d'ailleurs sans doute à partager la peine de la famille. Ça aura au moins le mérite de nous aider à nous lever tôt. Avant de partir sur les routes pour nous enfoncer dans la campagne nous tentons un petit passage à la banque pour faire le plein de dongs. Les retraits au distributeur sont ridiculement bas et s'il faut retirer plus de fois, il faut aussi payé plus de frais. La première banque nous oppose un refus net et précis. La seconde ne pose pas de soucis, par contre le tarif fait frémir. Nous en venons donc au retrait au distributeur finalement. Entre le marteau et l'enclume nous faisons le choix du marteau.

Sur la route, c'est un concert de klaxon permanent. Les vietnamiens adorent klaxonner. Pour dépasser, pour dire à quelqu'un de se pousser ou bien tout simplement pour le plaisir, ils ont toujours une main sur la manette. Le niveau de bruit peut vite devenir assourdissant. Sur la route aujourd'hui un défilé de camion passe son temps à envoyer des décibels. Plus l'engin est gros, plus le klaxon est violent. Et lorsqu'ils nous voient nous boucher les oreilles, certains semblent ravis d'en rajouter un couche. Nous sortons rapidement de la route principale mais les tympans sont déjà douloureux après seulement 10 kilomètres. Sur la route secondaire le trafic est un peu moins dense mais les klaxons n'arrêtent pas pour autant. La pluie s'invite à la fête.

Tam CocNous passons non loin d'un village flottant et profitons de l'occasion pour faire une petite pause de détente. Nous sommes quelques personnes sur place, mais on n'embarque que deux touristes à la fois sur un bateau. Au moins nous avons de la place. Nous partons dans la foulée d'un autre bateau et filons tranquillement sur les canaux. La ballade est sensée passer par un premier village sans prétention avant d'arriver au second qui est la véritable destination de la virée. Mais alors que nous commençons à apercevoir le clocher de l'église du second village au loin, notre chauffeur décide de faire demi-tour. Il ne semble pas d'humeur à poursuivre jusqu'au bout. Nous protestons et le prions de nous emmener là ou il faut mais en vain. À chaque insistance de notre part, c'est une nouvelle excuse qu'il invente. Nous bouillonnons.

Paysages vietnamiensDe retour sur la route, nous nous arrêtons dans un petit restaurant pour la pause de midi. Nous demandons consciencieusement le prix des différents plats que nous commandons. Le tarif est raisonnable. Autour de 20000 VND chaque. Sébastien se laisse tenter par un autre plat mais commet l'erreur fatale de ne pas demander le prix. Celui là sortira à 150 000 VND. Voila une nouvelle leçon chèrement apprise. À ce stade de la journée (13h) nous sommes déjà assez frustrés. Nous avons véritablement l'impression d'être attendus à chaque tournant. Parmi les petits plaisir du voyage il y a les passages au marché, les grignotages sur le pouce, mais ici nous en venons à les fuir. Nous avons beau assister à une transaction, voir clairement les montants échangés, nous n'avons pas le droit d'accéder au tarif local. D'ailleurs on nous fait souvent une tête d'enterrement lorsque nous essayons de négocier les prix prohibitifs qui nous sont annoncés. Résultat nous limitons tous ces contacts au strict minimum. Nous nous accordons tout de même une petite pause, café pour Laetitia et thé pour Sébastien, dans un bistro. Il y a un menu avec les prix d'indiqués, parfait ! Au moment de payer la note nous semble un peu haute. Nous avons certes quitté les bancs de l'école depuis un moment mais nous avons encore quelques restes de mathématiques. "Ah, mais c'est un vieux menu ! Les prix ont changés depuis". Il n'y a donc aucun répits ...

Plus tard dans la journée, nous apercevons un groupe de 3 policiers postés en embuscade. Au moment où nous passons, ils se jettent en travers de la route. Ce n'est pas pour nous, mais pour tenter de procéder au contrôle de la voiture qui nous suit. La voiture visée ne se démonte pas. Elle accélère, klaxonne les malotrus et passe le barrage en force. Cela ne semble pas émouvoir plus que ça nos trois compères qui se disent sûrement qu'ils feront mieux à la prochaine.

RizièresLe soir venu nous débarquons dans une ville qui possède un unique hôtel et comme nous nous y attendions, le prix est déconnecté de la gamme de la chambre. Sûr de sa position de monopole et rassuré de l'heure tardive, le propriétaire qui n'a pourtant pas beaucoup de clients ce soir reste fermement campé sur sa première offre. Ce à quoi il ne s'attendait pas par contre, c'est notre opiniâtreté. Trop c'est trop aujourd'hui. Nous reprenons les vélos et mettons le cap vers Hanoï quitte à pédaler toute la nuit s'il le faut. Cette dernière expérience nous a définitivement déçue et nous décidons de mettre les voiles. Le Vietnam ça sera pour un prochain voyage. Nous savons que nous ratons de belles choses, mais nous ne sommes pas disposés aux batailles systématiques qu'il faudra livrer quotidiennement et nous ne sommes pas non plus prêts à nous résigner à les laisser piocher directement dans notre porte-feuille. Amer et franchement frustrés nous pédalons dans la nuit noire quête d'un hôtel. Au bout de plusieurs kilomètres nous nous arrêtons pour poser la question à un couple en bord de route. "3 kilomètres" dit l'homme. "Non c'est 3 et demi !" lui répond sa femme sèchement. Alors que le ton monte, nous leur disons que le nombre exact n'est pas d'une grande importance et les remercions de l'information. Au final c'était 23 kilomètres. Ils étaient prêts à se disputer sur une distance dont ni l'un ni l'autre n'avait la moindre idée. Quand on décrits les vietnamiens comme un peuple tendu, c'est peu dire.

En cette unique journée fatidique nous avons réussi à revivre l'ensemble des désagréments que nous avons accumulés sur les 7 premiers mois de voyage. Résultat nous n'arrivons plus à faire confiance à personne, c'est pourquoi il est certainement mieux de passer notre chemin. Nous y reviendrons sans doute, mais dans d'autres conditions. Il paraît que le sud est différent, les montagnes du Nord Ouest ont aussi assez bonne presse. Mais cette fois n'était pas la bonne et la Chine est là à deux pas qui nous tend déjà les bras.

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